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Une histoire de fou

 
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Robert Guédiguian a présenté son dernier film, Une histoire de fou, en séances spéciales, hors compétition, au Festival de Cannes 2015. Robert Guédiguian, Marseillais de l’Estaque, est venu en voisin au festival dont il est coutumier puisqu'il a été récompensé par le prix Un certain regard pour son film culte Marius et Jeannette en 1997. Les Neiges du Kilimandjaro, L'Armée du crime et Marie-Jo et ses deux amours ont aussi été sélectionnés sur la Croisette.

Une histoire de fou est inspiré du livre de José Antonio Gurriarán La Bomba (jeune journaliste espagnol qui, en 1981 à Madrid, a sauté sur une bombe posée par des militants de l’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) comme le cinéaste nous l’a expliqué lorsque nous l’avons rencontré à la RTS lors de sa venue en Suisse: «Il a réchappé de cet attentat à moitié paralysé. Et alors qu’il ne savait absolument rien de la question arménienne, et pour s’en sortir, il va vouloir comprendre.» A l’instar de José Antonio Gurriarán, l’un de ses protagonistes, Gilles, se retrouve victime collatérale d’un attentat de l’ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie), y perd l’usage de ses jambes et commence à se documenter sur la cause arménienne.

Le cinéaste, d’origine allemande par sa mère et arménienne par son père, communiste convaincu pour qui les questions identitaires demeuraient secondaires, s’est intéressé à l’Arménie sur le tard. Robert Guédiguian ne souhaitait pas se limiter à relater le génocide arménien qui s'est déroulé il y a cent ans même s’il reconnaît qu'il a attendu le centenaire pour présenter son film qui était déjà prêt quelques mois auparavant.. Mais, au-delà de ce triste anniversaire, le réalisateur souhaitait explorer ce génocide à travers ses conséquences sur plusieurs générations. Le réalisateur a choisi la fiction qui lui a permis d’universaliser le propos auprès des spectateurs tout en donnant, à travers l’histoire de la victime et celle du «bourreau» une dimension plus personnelle et une proximité auxquelles il est possible de s’identifier. Dans cette optique, Une histoire de fou est aussi une histoire de famille, de diaspora déracinée, de culture préservée malgré l’adversité sur tout un siècle. Le film de Robert Guédiguian est composé de deux films: une première partie, en noir et blanc, reconstitue le procès en 1921, de Soghomon Tehlirian qui a tué Talaat Pacha d'une balle de révolver, à Berlin, en plein jour et en présence de nombreux témoins. Cet assassinat est une vengeance contre Talaat Pacha, le principal organisateur du génocide arménien à qui est attribué l'ordre de «tuer tous les hommes, femmes et enfants arméniens sans exception». La deuxième partie par le prisme de Gilles qui enquête sur les responsables de l’attentat qui a détruit sa vie, et découvre l’Asala, un groupe armé terroriste issu de la diaspora arménienne, d'inspiration marxiste-léniniste, surtout actif de 1975 à 1984. Au gré de leurs actions, les dissensions naissent au sein des commandos dont certains membres deviennent extrémistes. Observer l’histoire de l’Arménie à travers divers chapitre de son histoire est un parti pris délibéré et assumé du cinéaste qui ne voulait pas montrer le génocide car «Il est impossible de montrer les horreurs commises lors des marches de la mort.»

Par souci de véracité et d’authenticité, Robert Guédiguian a tourné sur les lieux  de la narration: Marseille, en Arménie et à Beyrouth et a choisi une distribution exceptionnelle qui porte le film, à commencer par Simon Abkarian, sa femme Ariane Ascaride (qu’il a dirigée dans tous ses films et au théâtre), et Grégoire Leprince-Ringuet, méconnaissable.

Si Une histoire de fou comporte une visée idéologique pour la reconnaissance du génocide arménien, qui tarde malheureusement  à venir dans de nombreux pays, comme le rappelle le cinéaste lors de notre entretien, les cinéphiles se souviendront que plusieurs films ont déjà été consacrés au génocide arménien : tout d’abord, le poignant Mayrig (1992) d’Henri Verneuil, avec Richard Berry, Claudia Cardinale, Danièle Lebrun; Plus récemment, The Cut (2014) de Fatih Akin, Ararat (2002) de Atom Egoyan et bien sûr Le Voyage en Arménie (2006) de Robert Guédiguian. Son dernier opus est un grand film, fait de petites histoires pour narrer la grande histoire.

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