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La Glace et le ciel

 
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Luc Jacquet, le réalisateur, oscarisé en 2006 pour La Marche de l’empereur, est retourné en Antarctique pour son dernier documentaire, La Glace et le ciel qu’il a eu l’honneur de présenter en clôture du Festival de Cannes en mai dernier. Son film se penche sur la vie et les nombreuses expéditions du glaciologue français Claude Lorius. 

A trois dans une termitière de 24 m2, par 8 °C maximum, on les voit survivre dans le blizzard, repérer les antennes radio, les doigts brûlés par les boulons, effectuer les premiers carottages de glace, sonder les crevasses, dormir dans des sacs de couchage trempés, se tenir chaud autour d'un petit plat, grâce à la camaraderie. C’est en voyant fondre un glaçon dans un verre de whisky et en regardant les bulles d'air qui remontaient que Claude Lorius a découvert que les cristaux de glace de l'Antarctique, amoncelés en couches depuis des milliers d'années, permettaient d'évaluer précisément l'évolution du climat. L’explorateur de 83 ans a été le premier, en utilisant la datation des carottes de glace extraites en Antarctique (le travail de Lorius a consisté à mesurer les bulles de CO2 dans la glace, certains d'entre elles dataient de 800’000 ans), à prouver que le changement climatique est indubitablement imputé à l’homme, mais la sonnette d’alarme qu’il actionnait est restée ignorée et le glaciologue et ses mises en gardes, inconnus du grand public. A travers ce film Luc Jacquet rend un hommage poétique et vibrant.

En termes de forme, le film est plutôt classique, combinant une narration en voix-off (Michel Papineschi) avec d’étonnante et spectaculaires images d'archives (certaines d'entre elles n'ont jamais été vues précédemment). Filmé tel un observateur mis en scène du désastre annoncé de la fonte des glaces et du déséquilibre écologique qui en découle. Lorius (vêtu d’une doudoune bleu ciel qui rappelle cet océan de glace) apparaît comme le témoin des ravages causés par le changement climatique.

Comme dans le précédent film de Luc Jacquet, Il était une forêt, la voix  de Michel Papineschi déclame un texte à la première personne, comme si Claude Lorius s’adressait aux spectateurs, racontant les souvenirs de ses exploits et de ses découvertes. Le texte est parfois poétique mais jamais trop technique, accessible à tous. Après une brève introduction, le film retrace les exploits de Lorius comme un explorateur polaire, la plupart du temps dans l'ordre chronologique à partir d’octobre 1956, lorsque le jeune explorateur de 23 ans part pour son premier voyage de recherche en Antarctique. Comme dans le reste du film, la voix off est combinée avec des images d'archives d'une multitude de sources, y compris du matériel d'actualités et des images tournées par sa propre équipe lors de l'expédition, ainsi que certains rouleaux provenant des archives de la famille Lorius qui n’ont jamais été développés. L'optimisme des années 1950 et 1960 est rapidement esquissé, l’enthousiasme commun des scientifiques fait un pied-de-nez aux tensions politiques, les machines inventées pour la guerre deviennent utiles pour la science, Américains et Soviétiques fraternisent en pleine Guerre froide.

La première demi-heure est consacrée à une première expérience polaire de Claude à la base française Charcot où lui et deux autres scientifiques ont passé une année en un seul espace souterrain de 250 pieds carrés, chauffé à seulement 45 degrés Fahrenheit. C’est à cet endroit que Lorius a jeté les bases pour ses découvertes, la cartographie d’abord, puis les montagnes et les vallées du continent qui se cachait sous 6500 pieds de neige et de glace. Magnifiquement décrites par les propos rapportés du glaciologue, les raisons qui ont poussé ces hommes à partir vivre dans des conditions inhumaines pendant des mois devenant compréhensibles pour les spectateurs; Lorius explique que la science «offre la possibilité de découvrir et de voir ce qui est normalement invisible» et «la soif de connaissance qui nous empêche de sombrer dans la folie.» Un bref segment en animation explique son étude des cristaux de neige, qui se révélera indispensable pour ses idées sur les carottes de glace et de forage qui alimenteront les expéditions polaires ultérieures, en 1959, puis dans les années 1970 quand un avion américain qui devait les sortir de l'Antarctique a pris feu pendant qu'il décollait et que le second avion, venu le remplacer, a subi un sort similaire.

La Glace et le ciel rend un hommage nécessaire et justifié au glaciologue de 83 ans qui a effectué vingt-deux expéditions polaires. Le documentaire retrace cette incroyable épopée en 3D (dont l’utilisation est justifiée vu les décors vertigineux). Certains critique ont reproché au film son côté militant et alarmiste sur le changement climatique. Pourtant, cet appel urgent lancé au public et aux politiciens es d’une dramatique actualité. Etre projeté au Festival de Cannes en film de clôture a offert une visibilité mondiale au film de Jacquet dont le héros involontaire, Claude Lorius, conserve une immense modestie.

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