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Mon roi

 
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Mon roi, quatrième long métrage de Maïwenn, relate l'histoire d'une femme quadragénaire qui se remémore sa passion fulgurante et destructrice avec Georgio. Avec l’histoire de cette femme meurtrie par une passion destructrice, le film a convaincu le public de professionnels du Grand Théâtre Lumière ce matin. La séquence d’ouverture suit une femme qui s’élance et dévale une piste de ski à tombeaux ouverts. Tony est admise dans un centre de rééducation après une grave chute de ski. Dépendante du personnel médical et des antidouleurs, elle passe ses journées entre thérapies diverses et temps d’introspection durant lesquels elle se replonge dans les souvenirs de cette histoire tumultueuse qu’elle a vécue avec Georgio et qui l’a conduite à cet accident.

Pourquoi et comment se sont-ils aimés? Qui est réellement l’homme qu’elle croyait connaitre? Comment  a-t-elle pu se soumettre à son côté manipulateur narcissique et dévastateur? Pour Tony, la reconstruction s’annonce difficile tant physiquement qu’émotionnellement mais cette réappropriation de son corps lui permettra peut-être de se libérer définitivement de l’emprise de celui qu'elle a tant aimé.

Avec Polisse, le précédent film de Maïwenn, le public avait apprécié la maitrise de direction d’acteurs à travers ce casting choral mais aussi cette volonté farouche de la réalisatrice d’affronter  les maux de la société actuelle: en observation participante, tel un anthropologue, Maïwenn  plongeait sa caméra dans l’innommable du quotidien de la brigade de protection des mineurs.

Avec Mon roi, Maïwenn confirme son talent dans le domaine de la direction d'acteurs. Pour conforter sa réputation, la réalisatrice actrice s’est entourée d’une distribution prometteuse: Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot (la réalisatrice de La Tête haute), Louis Garrel et Isild Le Besco, sa sœur de six ans sa cadette. L’inspiration de Maïwenn semble très autobiographique: elle a ravivé son enfance dansPardonnez-moi (2006) et s'inspire dans Mon roi de sa relation avec un de ses ex. Reste au public à deviner si il s’agit de Joey Starr, de Luc Besson ou d’un autre.

Le film, qui dure un peu plus de deux heures, laisse tout loisir à ce roi du titre, facétieux et drôle à souhait au début de leur relation, de prendre tellement de place qu’il va tout phagocyter en détruisant l’équilibre tant physique que mental de celle qui l’aime. Mais l’aime-t-il vraiment ou veut-il juste la posséder, la dominer et être mis en valeur par sa personnalité, ses compétences?

Alternant les séquences dans le centre de rééducation et les réminiscences, souvent douloureuses, de Tony, Maïwenn filme la rencontre, le premier rapport intime, la première confidence sur l’oreiller, la première faille. La passion s’enflamme, tout s’enchaine avec frénésie. Suivra la première dispute, puis tant d’autres.

Cette passion dévorante débouche rapidement sur l’emprise progressive, insidieuse mais sournoise de Georgio, à l’image sociale reluisante et parfaite, qui se resserre comme un terrible étau sur Tony, mise en garde à plusieurs reprises par son frère qui, clairvoyant, a cerné la personnalité double de son beau-frère. La relation du couple, magnifiée par le jeu généreux des comédiens, a séduit le Jury du Festival de Cannes qui a couronné du Prix d'Interprétation Féminine, Emmanuelle Bercot, fidèle de la réalisatrice, révèlant ici une facette méconnue de sa palette de registres. Mais, à l’instar de son personnage, Vincent Cassel attire toute l’attention sur lui, tour à tour charmeur, espiègle, volubile, désopilant, élégant, provocateur, menteur, cruel.

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