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Belles familles

 
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Voilà onze ans que Jean-Paul Rappeneau était silencieux depuis Bon voyage, son précédent long métrage. Il revient sur le grand écran avec Belles familles. C’est dire qu’on attendait le retour du réalisateur de Tout feu tout flamme (1982), Cyrano de Bergerac (1990), Le hussard sur le toit (1995), entre autres.

Pour Belles Familles, Jean-Paul Rappeneau dit s’être inspiré de sa vie personnelle pour réaliser une sorte d’"autobiographie imaginaire" car tout ce qui est raconté dans ce film a un lien avec le cinéaste octogénaire. Mais il est inutile de chercher des correspondances avec la vie de Rappeneau qui a voulu brouiller le pistes en insérant des éléments advenus dans d’autres familles.

Jean-Paul Rappeneau confesse que le tournage de ce roman familial a été physiquement épuisant le film est aussi épuisant pour les spectateurs contraints de suivre cette caméra qui traque les personnages au pas de course. En effe, tous passent leur temps à courir, à croire que Rappeneau a pensé créer une action digne d’un vaudeville ou du théâtre de boulevard en imposant un rythme frénétique éreintant, à travers ses protagonistes en perpétuel mouvement. Après quatre ou cinq répliques au maximum, les comédiens sont coupés pour partir aussitôt au trot, voire au galop. Malheureusement ce n’est pas parce que la caméra fuse dans toutes les directions que le propos en devient passionnant. De toute évidence, Jean-Paul Rappeneau a mis à profit sa décennie de silence pour oublier les rouages fondamentaux du théâtre de boulevard, à savoir le divertissement par le truchement de comédies d'intrigue et de vaudevilles. Ici, Rappeneau multiplie les acteurs qui s’agitent dans tous les sens sans parvenir à faire un film corral abouti. Pour les besoins, injustifiés, d’une intrigue à tiroirs tout aussi peu justifiés, Rappeneau nous entraîne de Paris dans les villes de Blois, Chatou, Sèvres, mais aussi à Londres, Shanghai et Zanzibar…. Durant son périple, il aurait du relire quelque pièces de Feydeau ou de Labiche.

Marine Vacth, qui avait été très remarquée dans le film de François Ozon, Jeune et jolie semble avoir attiré l'attention du réalisateur qui lui offre le rôle de Louise dans Belles Familles. La jeune actrice est au bénéfice d'un physique parfait à faire pâlir de jalousie une statue grecque et c’est bien cet argument que Rappeneau met en valeur dans une scène d’ébats entre Amalric, encore tout habillé, et Marine Vacth en tenue d’Eve qui se retourne pour nous montrer sa cambrure et ses fesses arrondies: scène totalement superflue si n’est pour régaler le cinéaste. On savait déjà que la comédienne a commencé comme mannequin. Marine Vacth serait-elle devenue la nouvelle muse de Rappeneau après Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Isabelle Adjani?

L’actrice retrouve ici Gilles Lellouche dont elle s’amourache malgré la différence d’âge et un comportement possessif et violent. Ce couple d’acteurs vous est familier; et pour cause ! Gilles Lellouche et Marine Vacth ont joué ensemble dans Ma part du gâteau de Cedric Klapisch, le personnage de Gilles Lellouche faisait déjà souffrir Marine Vacth. Décidément…

On s’inquiète un peu pour la carrière de Karin Viard, engoncée dans une robe ceinturée tout droit sortie des années 70, couronnée d’une coiffure en cloche. Malgré cette allure qui est tout sauf attrayante, Rappeneau lui fait endosser le rôle de la maîtresse affriolante qui a su dévergonder le respectable père de famille embourgeoisé…. On peine à y croire. Et quand l’idylle entre Mathieu Amalric, un des fils du patriarche, et Marina Vacth, la fille de la maîtresse, naît, Rappeneau surligne le propos pour nous rassurer: cette liaison n’est pas incestueuse. Ouf! Nous voilà donc rassurés!

On espérait beaucoup de votre retour, Monsieur Rappeneau, vous qui nous aviez régalés avec un Cyrano à la fois tendre et truculent. Malheureusement, à peine vu, votre film est aussitôt oublié. Quelle déception!

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