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La Vanité

 
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Devenue une particularité toute helvétique, le suicide assisté inspire à Lionel Baier un film où humour et réflexion ne cessent de se tutoyer. Le réalisateur des Grandes Ondes reprend à son compte une anecdote de l'un de ses élèves de l'Ecole Cantonal d'Art de Lausanne, vécue alors qu'il exerçait son gagne pain de prostitué pour subvenir à ses études. On découvre donc David Miller, un architecte victime d'un cancer qui a décidé de mettre fin à ses jours par le biais d'une société spécialisée d'ans l'assistance au suicide. Tout se passe dans un motel qu'il a lui même dessiné dans sa jeunesse. Par une nuit hivernale, il attend Esperenza qui doit lui administrer la substance létale et son fils qui doit officier en qualité de témoin. Mais ce dernier ne se rend sur les lieux que pour annoncer à son père qu'il refuse et repart aussitôt. David Miller propose alors le rôle à son voisin de chambre, Treplev, un jeune prostitué russe.

C'est avec ce trio improbable dans un drôle d'endroit pour mourir que Lionel Baier tisse malicieusement son film, en s'attardant minutieusement sur la personnalité de chacun. Il fait voler en éclat ce qui semble des évidences inamovibles et plonge le spectateur dans une farce tragi-comique à l'humour très personnel.

Patrick Lapp campe un homme désabusé qui use du cynisme comme d'un palliatif à son existence qu'il considère comme parvenue à son terme. Il a droit à des répliques cinglantes dites sur un ton nonchalant, l'air de ne pas y toucher et expose son talent de comédien dont c'est ici le premier rôle principal au cinéma. Esperenza bénéficie de l'excellence de Carmen Maura, très grande dame du cinéma espagnol. Ce prénom, clin d'oeil au pessimisme de David Miller, lui va à merveille et elle offre à son personnage une humanité remarquable dont la bonté est le moteur. Face à eux, on découvre la révélation du film, Ivan Georgiev qui campe la jeunesse et la fraîcheur, donnant à Treplev toute sa candeur dans le sens le plus voltairien.

Comédie atypique et grinçante, La Vanité prouve que l'on peut s'amuser avec la mort sans sombrer dans la vulgarité, en invitant la réflexion et la poésie, pour lui faire comprendre que, même si elle a toujours le dernier mot, son arrogance peut être contrée dans la bonne humeur.

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