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The Visit

 
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Avec ses deux derniers films (Le Dernier Maître de l’Air et After Earth), M. Night Shyamalan avait clairement déçu, notamment au regard des grands films qu’il nous avait offerts par le passé (son chef d’œuvre Incassable, mais aussi Sixième Sens, Signes ou encore le magnifique Le Village). C’était donc avec une appréhension mêlée de curiosité que l’on attendait la sortie de The Visit, production estampillée Jason Blum (Paranormal Activity, Insidious) tournée à la façon d’un documentaire. A ce titre, il faut rappeler que le film n’est en rien un found footage comme tant de critiques l’affirment, puisqu’il ne s’agit en aucun cas d’un "enregistrement trouvé", mais d’un documentaire pensé et réalisé par la jeune héroïne de l’histoire. Ce point de sémantique rappelé, que vaut finalement The Visit ?

En séjour chez leurs grands-parents qu’ils n’ont jamais vus, Rebecca et Tyler vont rapidement s’apercevoir que quelque chose cloche chez leurs hôtes, et que l’obligation qui leur est donnée de ne pas sortir de leur chambre passé 21h30 pourrait cacher un sombre secret. Prenant la forme d’un documentaire filmé par Rebecca, The Visit s’avère au final totalement inattendu. Car à l’intérieur même d’un film de terreur produit par Jason Blum et filmé à la façon d’un reportage, Shyamalan parvient à développer un propos extrêmement fort sur la famille, thème récurrent de la quasi-intégralité de sa filmographie. En d’autres termes, le réalisateur parvient à injecter son âme et ses préoccupations dans une production a priori très calibrée. Creusant un sillon entamé dès son succès interplanétaire Sixième Sens, il poursuit dans The Visit l’analyse des relations familiales et met l'accent sur l’importance primordiale qu’il accorde à la famille, qu’il s’agisse en l’occurrence des relations parents/enfants ou petits-enfants/grands-parents. Doté d’un sens du dialogue et de la dramaturgie remarquable, le film se tend 1h35 durant pour  s’achever sur la révélation de sa signification profonde, d’une tendresse, d’une justesse et d’une émotion brute qu’on n’avait pas vu arriver, et qui constitue finalement la colonne vertébrale de tout ce que l'on vient de voir.

L’autre grand point fort du film réside dans le recours à l’humour par Shyamalan, les scènes de terreur étant vécues directement par les enfants, ces derniers prenant alors le parti pris d’en rigoler et de les tourner en dérision pour les désamorcer et se préserver. Jusqu’au climax où le rire ne parviendra plus à trouver son chemin. Ce choix donne ainsi lieu à des scènes très drôles qui constituent un contrepoint total aux situations endurées par Rebecca et Tyler. Déstabilisant au départ pour le spectateur, ce procédé s’inscrit finalement en totale cohérence avec le dispositif du film (tout est perçu du point de vue des enfants). A ce titre, les deux jeunes acteurs les incarnant, Olivia De Jonge et Ed Oxenbould, sont d’une justesse et d’une force de jeu absolument remarquables. On connaissait le talent de Shyamalan pour sa direction d’acteurs envers les enfants, elle éclate à nouveau ici avec la même force.

On pourra cependant regretter que le réalisateur n’ait pas opté pour une réalisation "classique" de laquelle aurait à nouveau pu émerger son incroyable maîtrise technique (même si on retrouve dans The Visit certaines de ses caractéristiques de mise en scène, comme le jeu sur les reflets).

Il n’en reste pas moins que le film fait reprendre espoir dans le cinéma de M. Night Shyamalan, un cinéma dans lequel l’humain est au centre des préoccupations et qui ne saurait se résumer à de simples films de frousse. A ses débuts, Shyamalan était souvent considéré comme le nouveau Spielberg. De manière exagérée? Pas si sûr. Car un metteur en scène capable de vous divertir, de vous émouvoir et de vous faire pleurer en l’espace de quelques minutes, il n’y en a pas tant que ça.

 

 

 

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