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Horizontes

 
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Fidel Castro, Che Guevara, El Malecon, ancêtres, Celia Cruz, plus récemment rendus célèbres grâce au film de Wim Tenders, Buena Vista Social Club avec Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo entre autres, grands représentants du son ubani et de la salsa, sans oublier les fameux cigares: les clichés sur Cuba sont omniprésents.
Si cette république socialiste est le dernier vestige du communisme (partant du postulat que la Corée du Nord est une dictature qui a oublié les valeurs de solidarité et de fraternité des peuples frères), Cuba a toujours promu le sport. Fidel Castro voulait le rendre accessible au peuple cubain qui pratique le baseball, le football, le basket, le volley, l’athlétisme et la boxe amateur.
La plus importante des exportations artistique de cette île demeure la musique et la danse de Cuba qui ne sont pas limitées à la salsa. Preuve en est: le deuxième long métrage d’Eileen Hofer, Horizontes.

La cinéaste genevoise s’est rendue à trois reprises à Cuba pour réaliser ce documentaire sur le Ballet national de Cuba, l’une des meilleures écoles de ballet au monde. Fondée en 1948 par la ballerine cubaine Alicia Alonso et son premier mari, Fernando, cette école est toujours dirigée d’une main de fer par Alicia, célèbre pour voir été la seule ballerine à avoir été honorée du titre de Prima Ballerina Assoluta. Alicia Alonso, 94 ans, est une ballerine cubaine célèbre, hautement considéré pour ses interprétations convaincantes des rôles principaux dans les grandes œuvres de ballet classique et romantique comme Gisèle et Carmen. En raison de problèmes oculaires (décollement de rétine) à 19 ans, Alicia voyait sa carrière de ballerine menacée, mais sa force de caractère et sa ténacité l’ont amenée à apprendre à danser les yeux bandés pour devancer la fatalité. Quelques années plus tard, elle a perdu la vue, mais cet handicap ne l’a pas empêchée de continuer à danser les rôles-titres.

C’est à la rencontre de cette figure emblématique de la danse classique, ce mythe vivant cubain que le film d’Eileen Hofer rnous invite mais aussi à la rencontre d’Amanda jeune élève de treize ans qui se prépare pour le concours d’entrée, ballerine en devenir, et Viengsay, l’une des quatre ballerines étoiles du Ballet national cubain, qui est sans cesse rabrouée par Alicia et qui hésite à quitter l’île pour pouvoir se libérer de cette tutelle oppressante.

L’approche d’Eileen Hofer suit trois générations, trois corps, trois destins unis dans la passion du ballet classique, une discipline dont la réalisatrice ne connaissait pas les rouages avant le tournage. Lorsque nous l’avons rencontrée, Eileen Hofer nous a confié avoir été surprise de découvrir les affres de cet art et la grammaire de ballets pendant les répétitions. Des vestiaires au salles de cours, de la barre de fortune que les parents d’Amanda ont installée à la maison aux entraînements pour le concours d’entrée, des images d’archives des ballets menés par Alicia (qui a dansé jusqu’à ses septante ans !), Horizontes dévoile des facettes insoupçonnées d’un art éprouvant et ardu, livrant le visage couvert de sueur d’Amanda ou la crispation extrême qui domine celui de Viengsay, des visages filmés au plus près, créant une proximité, voire une promiscuité  très physique inédite. A travers ces séquences, le film d’Eileen Hofer révèle la force mentale nécessaire pour surmonter la douleur, la fatigue, l’épuisement même pour atteindre la perfection… Mission impossible pour Viengsay qui sait  que son parcours ne pourra pleinement s’émanciper du vivant d’Alicia.

Avec finesse et justesse, Horizontes transmet les émotions et recrée les espaces de répétition décatis des salles mythiques du Grand Théâtre de La Havane. Dans leurs pas, dans leurs rêves, résonne la destinée de leur aînée, Alicia Alonso, prima ballerina assoluta, indétrônable, malgré ses nonante ans. En suivant les pas et les rêves de ses ballerines dans leur quotidien, Eileen Hofer affiche l’humour omniprésente et la vitalité constante des Cubains pour lesquels la danse classique fait partie du quotidien, accessible dans toutes couches de la population et rendue populaire par Fidel Castro. Amanda regarde vers l'avenir, veut danser mais son corps a encore  besoin de pratique. Viengsay a atteint son rêve et Alicia, en tant que danseuse, appartient à un passé devenu patrimoine national cubain.

Horizontes a fait sensation dans de nombreux festivals: Visions du Réel à Nyon, Karlovy Vary, Locarno, Montréal, Namur, Haifa, Raindance et sera bientôt projeté au Festival de Moscou. Malgré l’enthousiasme international que suscite Horizontes, le film d’Eileen Hofer n’a obtenu aucun soutien de l’OFC: A l’issue de notre entretien, la réalisatrice nous avouait, dépitée, que le refus d’un octroi de financement venait de lui parvenir alors que son film sortait sur les écrans romands. On vient alors à se demander si le comité de décision a du sable dans les yeux ou si les aides financières ne sont attribuées que par copinage et clientélisme …

Précisons que, lors de son dernier voyage à Cuba, à ses frais, Eieen Hofer était logée chez l’habitant, dans le même immeuble où vit Omara Portuondo. La chanteuse a accepté d’être filmée par Eileen Hofer à travers un court qui sera projeté juste avant Horizontes dans les salles d'outre-Sarine.

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