Critique

Marguerite

 
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Inspiré par Florence Foster Jenkins dont Stephen Frears vient d'achever un film qui lui sera consacré avec Meryl Streep et Hugh Grant, Marguerite conte l'histoire stupéfiante d'une Baronne française des années 20 qui voue sa vie à la musique tout en chantant extrêmement faux. Le nouveau film de Xavier Giannoli fait découvrir au spectateur cet univers étrange à la limite du surréalisme par le biais d'un journaliste musical fouineur et d'un artiste anarchiste. Ayant eu vent qu'une baronne excentrique organisait régulièrement des récitals dans sa demeure pour un cercle d'intimes aisés, afin de récolter des fond pour une bonne cause, les deux compères parviennent à se glisser dans cet événement et découvrent, ébahis, que la maîtresse des lieux écorche La Reine de la nuit tirée de La Flûte enchantée de Mozart, sans que personne ne s'en offusque. Fascinés par l'incroyable sincérité et la candeur de la Baronne Marguerite Dupont, ils rédigent un article qui fait son éloge. Dés lors, comme les deux acolytes, on fait la connaissance d'un personnage hors norme, une femme sans aucune prétention qui ne se rend pas compte qu'elle ne sait absolument pas chanter, malgré pourtant un travail acharné.

Marguerite fait le portrait de l'hypocrisie et devient vite une farce tragi-comique, en évoquant la cruauté qui règne dans le milieu du spectacle. Dès lors, cette oeuvre devient intemporelle et son personnage central pourrait représenter les starlettes de la téléréalité d'aujourd'hui, à la différence primordiale qu'il n'y a chez lui aucune prétention, aucune volonté de célébrité.

On propose à Marguerite d'organiser un vrai concert et cette dernière s'y prépare assidûment en engageant un professeur de musique. Elle est la seule qui ignore que cet événement n'est qu'une farce dont elle sera le dindon. Son enthousiasme est si décontenançant que même son mari, pourtant peu enclin à voir son épouse humiliée en public, finira par la soutenir dans sa démarche. Certes, certains ne veulent pas lui dire la vérité par pure méchanceté, mais ces proches ne peuvent pas, de peur de la décevoir, de briser sa seule raison de vivre. Cette obsession ira jusqu'à la mettre physiquement en danger.

Avec énormément de subtilité, de pertinence et de réflexion, Xavier Giannoli signe un film très fort qui ne s'arrête pas à une vulgaire comédie ayant pour moteur la moquerie. Il soignent tous les personnages secondaires en leur accordant une place essentiel dans la vie de son héroïne. Le mari (impeccable André Marcon), qui semble au début laisser sa femme vivre son délire sans n'y porter aucun intérêt, finira par la comprendre et la soutenir. Son majordome (magnétisant Denis Mpunga) sert sa maîtresse sans ne jamais remettre en cause sa folie et la protège de tout ce et ceux qui chercheraient à nuire à son épanouissement.

Le cinéaste offre un rôle en or à Catherine Frot qui incarne cette femme d'une complexité et d'une richesse extraordinaire. Sans ne jamais en faire trop, l'actrice tient son personnage d'une manière époustouflante et traverse tout le film avec une grâce et une justesse propres aux plus grandes dames de son métier. Elle est tout simplement impériale, tant dans les instants comiques qui sont très nombreux, que dans les moments plus tragiques et cruels où elle transcende la douleur qui fait souffrir son personnage.

Sublime portrait d'une société humaine malade qui refuse la folie et la marge, et se moque de ceux qui en sont victimes, consentantes ou non, Marguerite est une oeuvre majeure qui reste ancrée dans le coeur et l'esprit du spectateur, longtemps après que la salle obscure s'est rallumée.

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