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Sicario

 
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CONTRE

La violence du trafic de drogue entre le Mexique et les Etats-Unis a servi de toile de fond pour un certain nombre de films depuis plus de trois décennies, mais peu ont été aussi puissants que Sicario qui donne un sentiment d’immersion totale dans ce contexte. Teinté par de nombreuses nuances d'ambiguïtés, à travers les efforts des États-Unis  à faire chuter un important baron de la drogue du Mexique au sud de la frontière, le nouveau film de de Denis Villeneuve semble intensément physique et en rupture avec ce qu'il a fait précédemment.

Une note, en exergue du film, explique que «sicaire» est le terme argotique pour désigner les tueurs à gages des cartels, terme dérivé d'un vocable datant de l'ancienne Jérusalem décrivant les chasseurs des Romains. Librement utilisé, ce terme pourrait s’appliquer à presque tous les personnages de cette histoire tendue écrite par Taylor Sheridan, qui a joué dans Sons of Anarchy à la télévision jusqu'à ce que son personnage soit tué au début de la troisième saison, ce qui lui a donné donc tout loisir de se consacrer à l’écriture de Sicario. Le scénariste crée rapidement ici un environnement dans lequel tout le monde est susceptible de tuer ou d'être tué, à tel point que les étiquettes «bon gars» et «méchant» deviennent relatives.

Pour le public américain, féru des blockbusters hollywoodiens, le film fonctionne efficacement, faisant la part belle à  Kate Macy (Emily Blunt), agent du FBI spécialisée dans les cas d'enlèvements, qui, avec une équipe de SWAT, découvre une "maison des horreurs" dans laquelle des dizaines de cadavres en décomposition enveloppés dans du plastique sont cachés derrière les murs. La maison est possédée par la famille Diaz, un cartel de Sonora opérant des deux côtés de la frontière américano-mexicaine. Kate tue un mauvais gars pendant une opération et est sollicitée à rejoindre une mission secrète américaine afin d’éliminer la tête du clan Diaz.

Dans l'ensemble, le film est terriblement orchestré pour mettre, bien évidemment, les Américains à l’honneur, comme dans la scène d’ouverture, alors que le convoi, armé jusqu’aux dents, traverse les zones à hauts risques d'El Paso à Ciudad Juarez. Mais le public européen sera-t-il au rendez-vous? Denis Villeneuve entretient la tension et le sentiment d'incertitude par le prisme du personnage qui est le plus souvent, et intentionnellement, maintenu dans l'ignorance de ce qu'il se passe: Kate. Le cinéaste alterne les scènes d’action avec des plans aériens appuyés qui montrent la frontière, y compris les parties de la clôture de construction américaine, avec une grande intensité. Les rebondissements sont apportés par l’irruption d’Alejandro (Benicio Del Toro), un Colombien qui dit avoir été autrefois un procureur au Mexique et qui met en garde Kate. Sicario propose beaucoup d'action, un casting de renom et un déploiement de force, le tout rendu possible grâce à un budget colossal.

Le problème est que, à grands coups de gros canons et à grand renfort de machisme, le film qui prétend s’attaquer aux racines de la corruption et de la drogue finit sérieusement par lasser et ennuyer, devenant un spectacle plutôt consternant.

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