Critique

Youth

 
Critique par |

Les films du réalisateur italien Paolo Sorrentino regorgent de techniques mais toujours justifiées. Des expériences isolées d'un chef tyrannique dans le baroque Il Divo à l'infiniment original This Must Be the Place au spectaculaire vainqueur d'une langue étrangère de l'année dernière La grande Bellezza, le cinéma de Sorrentino utilise une approche lyrique.

Rien n'a changé à cet égard, dans Youth, son dernier opus qui a un ton de comédie dramatique, emplie de gags visuels qui habillent presque chaque scène. Peu importe le seuil de tolérance de certains spectateurs, une force indéniable se dégage du tandem formé par Michael Caine et Harvey Keitel, un tandem d'artistes presque octogénaires qui se lamentent sur leurs perspectives d’avenir avec ironie et auto-dérision, offrant leur plus beau rôle a ces acteurs vétérans depuis bien des années. Caine interprète Fred Ballinger, célèbre chef d'orchestre, terré depuis des lustres dans une station chic des Alpes suisses, à l’abri de la civilisation. Déclinant une offre de la Reine à revenir sur la scène britannique, il passe ses journées à se remémorant ses années de jeunesse et à échanger des souvenirs avec son ami d’enfance Mick (Harvey Keitel), cinéaste. Mick tente de refaire un film, intitulé Le Dernier Jour de la vie, récitant avec une équipe de jeunes écrivains. Les cheveux gris de Caine (un choix assumé pour ce rôle) et l'attitude de Keitel font écho au vieux journaliste fatigué de Toni Servillo dans La grande Bellezza, mais Fred, père à l’écoute de sa fille romantique en difficulté, aux crises récurrentes (Rachel Weisz) et dont la jeunesse sème le trouble parmi la gent masculine de la station, adopte une attitude plus calme et un air d'élégance que dégage naturellement Caine.

Avec beaucoup d'humour, Sorrentino insiste sur la fixation du compositeur pour une masseuse de l'hôtel à l’allure d'adolescence et pour une star de cinéma beaucoup plus jeune, mais déjà désabusée (l’amusant et impassible Paul Dano). Sorrentino s’amuse à confronter les obsessions de Fred qui demeure persuadé que son ami Mick a conclu avec leur amour de jeunesse, Brenda. Cette confrontation amicale suscite des débats turbulents et des pronostics amusés sur leurs chances à un retour de flamme que les deux hommes espèrent et attendent avec impatience, formant un duo attendrissant et a l'excentricité savoureuse.

Bien qu'il ne sombre jamais dans le larmoiement ni la rumination sur le processus de vieillissement,Youth n’en aborde pas moins les affres avec lucidité. Aidé par son directeur de la photographie toujours fiable, Luca Bigazzi, le cinéaste déroule avec des couleurs vives et contrastées dans chaque plan l'élaboration d’un monde expressionniste fougueux, à l’instar de cette jeunesse regrettée que les deux hommes se remémorent.

Dès la séquence d’ouverture, Sorrentino s’attarde sur des moments chantés par un groupe perché en haut d'une plate-forme. Ce prologue marque l'un des divers intermèdes musicaux, dont une tangente hilarante dans laquelle on trouve Fred, assis dans un champ, dirigeant le mouvement des vaches avec ses mains, au rythme symphonique de leurs cloches. Ailleurs, il bat le rythme en plissant de manière répétée un emballage de bonbons entre ses doigts, dans un tic inconscient.
Le film contient des nuances sentimentales précises - notamment ceux ayant attrait à Fred, sa femme et sa fille - qui donne une alchimie particulière, parfois nostalgique qui touche aussi les
personnages secondaires dont certains réservent de belles surprises telle Jane Fonda, méconnaissable.

Sorrentino prouve une nouvelle fois qu’il a toujours une longueur d'avance sur son auditoire, maintenant dans la construction du récit un rythme passionnant. Alors que Sorrentino semble se pencher sur ses propres craintes, Youth ne se contente pas de disserter sur la jeunesse mais en offre un exemple vivant captivant.

En savoir plus sur Firouz-Elisabeth Pillet

CONCOURS Gagnez un DVD ou un bluray de La Momie

Participer

CONCOURS Thor Ragnarok gagnez deux places pour aller voir le film

Participer

CONCOURS 3 x 2 invitations à gagner pour l'ouverture et la clôture du VIFFF

Participer