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Le Challat de Tunis

 
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En 2003, une rumeur enflamme les rues de Tunis: un homme à moto, surnommé "le Challat" (le balafreur), balafre le postérieur des femmes qu’il estime indécentes, les blessant avec une lame en pleine rue. A l’époque la psychose envahit la capitale tunisienne car les victimes ne représentent aucune similitude. D’âges différents les elles sont tout aussi bien des femmes vêtues à l’occidental que des femmes en djellabas. Dans les cafés et sur les terrasses les suppositions des hommes vont bon train: le Challat serait un justicier qui corrigerait les femmes "impudiques".

Intriguée par cette légende urbaine qui n’a jamais été élucidée, la cinéaste Kaouther Ben Hania décide de mener l’enquête en allant à la rencontre du Challat. Publiant une annonce pour un casting, elle auditione un troupe d’hommes prétendant être le Challat. Soudain, un jeune vindicatif et agité fait irruption, affirmant être le véritable Challat.

Réalisant un documentaire d’investigation sur cette affaire laissée sans suite, Kaouther Ben Hania et son caméraman rencontrent des fonctionnaires qui ignorent son autorisation de filmer, un avocat chargé de la défense des victimes qui enjolive un discours pour éviter de livrer des informations, la mère du soi-disant Challat, et les victimes, évidemment. Mais le cheminement de la cinéaste est difficile et semé d’embûches d’autant plus que, sous la dictature de Ben Ali, il est impossible d’accéder aux archives de la police et de la justice, donc de mettre à jour la vérité.

Déçue et désappointée, la réalisatrice renonce à faire un documentaire et opte pour une fiction un certain laps de temps mais cette solution la contrarie. Elle revient donc au documentaire en 2009, mêlant les fondements du genre tout en élaborant un récit partiellement fictionnel. Entre-temps, le printemps tunisien survient en 2012, représentant à la fois la montée en puissance des extrémistes d’une part, mais aussi l’accès au dossier de justice sur l‘affaire du Challat, ce qui lui permet de découvrir quelques fragments de vérité.

Marchant sur les traces de cette étrange rumeur, la cinéaste est confrontée à de vraies et de fausses rumeurs, à de vraies et de fausses victimes, à d’authentiques pièces à conviction et à de faux témoignages. Motivée à poursuivre, la réalisatrice ne se laisse ni intimider ni décourager, malgré les nombreux obstacles qui jonchent son chemin.

Si le jeune homme, petite frappe au chômage, qui se présente comme étant le Challat (il a d’ailleurs fait de la prison), on a rapidement le sentiment d’avoir affaire un manipulateur narcissique en mal de succès, finissant par sérieusement agacer. Mais le film offre un élément non négligeable: l’observation de la condition féminine en Tunisie, la colère des femmes face au non respect dont elles font l’objet et la désinvolture tant de la police que de la justice.

Alors que le générique de fin défile, on réalise qu’il s’agit d’une "comédie", somme toute très relative, uniquement basée sur des faits avérés qui ont inspiré d’autres challats en Egypte, en Libye, en Syrie. Peu importe alors les doutes sur la part de fiction et la part de véracité: l’indignation face une réalité innommable est le sentiment qui persiste une fois la vision achevée.

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