Critique

La isla minima

 
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Alberto Rodriguez, dont les films ont gagné en intérêt au fil des ans, explore le douloureux passé de L’Espagne à travers un thriller intense et magnifique, plongeant les spectateurs en apnée dans la mémoire collective, plus particulièrement dans une époque trouble de transition entre l’Espagne franquiste en proie à la délation intempestive et la nouvelle république qui balbutie les prémisses de la démocratie. 

Situant l’intrigue de l’histoire en Andalousie, le cinéaste explore cette période charnière du début des années 80, une époque qui le fascine, par le prisme de multiples références: tout d’abord, au film noir, avec des clins d’oeil évidents au film Memories of Murder (2003) de Joon-ho Bong. Certaines séquences rappellent les westerns de John Sturges, en particulier les vues de cette région marécageuse et agricole. On songe aussi à Un homme est passé (Bad Day at Black Rock, 1955) film de John Sturges,qui dénonce une nouvelle dictature qui empoisonne le cerveau de bien des personnes, le code du silence qui plane telle une menace invisible mais omniprésente. Mais la recherche menée par ces deux policiers dans l’Espagne en 1980 fait directement écho à la disparition  et l’assassinat de trois adolescentes en 1993 dans la région d'Alcasser, choquant toute l’Espagne; le film Alberto Rodríguez établit des références claires avec ce cas réel.

Afin de rendre tangible la difficile transition entre la dictature franquiste et la démocratie naissante, Alberto Rodriguez recourt à un binôme de policiers aux méthodes, aux caractères mais surtout aux convictions diamétralement  opposés: Pedro incarne une époque révolue des méthodes franquistes, radicales et brutales mais efficaces, et Juan incarne la nouvelle génération plus portée sur le dialogue et l’observation. Collaborant avec difficulté initialement, le tandem sera contraint d’unir leurs efforts pour mener l’enquête.

Mais quelles que soient les références à d'autres films, plus ou moins connus, Rodriguez, initié enfant au septième art par son père cinéphile, rend ce thriller d'un peu plus d'une heure et demi,captivant, dense et parfaitement maîtrisé. Le cinéaste fait preuve d’une immense capacité de synthèse à la fois dans le scénario comme dans la mise en scène impeccable, qui rappelle des thrillers des années 50 à 70, comme ceux de Don Siegel, grand maître du montage. Rodriguez ne se contente pas de narrer une histoire, il insuffle un rythme, à la fois pesant, à l’image de l’intrigue et écrasant à l’instar du climat andalou qui étouffe les personnage et tait les secrets.

Le film s’ouvre sur une série de vue aériennes de la région, extraites de photographies inspirées par Hector Garrido. La photographie est tout simplement magnifique; ces images sont à couper le souffle, faites à partir de ces photographies numérisées, montrant un paysage labyrinthique dans lequel la vérité semble se dérober sous nos yeux, tout comme la poursuite nocturne d'une voiture qui disparaît sous la pluie dense, emportant avec elle un morceau de la vérité. Même chose avec la musique minimaliste de Julio de la Rosa, qui semble parfois évoquer le très inspiré John Carpenter. Pour illustrer la splendeur misérable de l'Andalousie et de ses habitants afine de mettre le spectateur en condition, le réalisateur s'est inspiré de l'oeuvre d'un photographe du cru, Atin Aya

La prestation du tandem de comédiens, récompensée par des Goyas est époustouflante: Raul Arevalo interprète le meilleur rôle de sa carrière, lui qui est presque toujours associé à la comédie abituellement, et Javier Gutierrez, ne manque pas de démontrer un sentiment inhabituel. Ces deux policiers totalement opposés avec des passés différents qui sont happés dans une descente aux enfers aussi terrifiante qu’éblouissante, entraînent les spectateurs dans un passé honteux.

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