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Une famille à louer

 
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Après Les Emotifs anonymes, déjà avec Benoît Poelvoorde, Jean-Pierre Améris signe sa deuxième comédie inspirée par son propre vécu. Il imagine que Paul-André, un homme très riche, mais très seul peut se payer une famille pour connaître un mode de vie qui lui est inconnu. Cette idée a priori saugrenue fonctionne à merveille et le film, au-delà du simple divertissement comique, touche à des sujets sensibles comme la solitude, la solidarité et le manque de manifestation d'amour. Comme toujours chez le réalisateur du récent Marie Heurtin, c'est le handicap, qu'il soit physique, mental ou existentiel, qui ressort de son oeuvre. Jean-Pierre Améris s'intéresse avec une infinie tendresse et sans aucun jugement aux êtres qui se détachent de la norme par leur comportement inadéquat et singulier.

Ici, le personnage taciturne incarné par un Benoît Poelvoorde en très grand forme représente au premier abord la prétention de pouvoir s'offrir ce que l'on veut quand on possède énormément d'argent, mais va vite montrer ses faiblesses dues aux failles d'un amour maternel qui a toujours eu de la peine à se manifester: la scène chez la mère de ce dernier (impeccable Edith Scob) est particulièrement réussie. Face à Paul-André, on trouve Violette, une femme dynamique qui se laisse porter par ses instincts et ses envies. Virginie Efira lui prête toute son énergie et son physique irréprochable, mais aussi ses doutes et ses angoisses, car Violette vit d'abord pour ses deux enfants.

Et c'est là qu'Une famille à louer se démarque des comédies romantiques traditionnelles qui se focalisent sur la relation amoureuse et tumultueuse entre un homme une femme, souvent seuls et sans enfants. Paul-André ne se paie pas une compagne, mais une famille qui inclut la fille et le fils de Violette. Au début, les deux adultes essaient de mentir aux jeunes en simulant un coup de foudre et une passion soudaine, mais les enfants comprennent rapidement que cette relation vient d'ailleurs. Le film s'attarde aussi très justement sur l'adaptation des uns aux autres et chacun doit faire des concessions. Paul-André, très maniaque, ne peut imposer ses règles strictes et la famille de Violette doit faire des efforts par rapport à son mode de vie passablement bordélique, comme l'illustre la scène où la fille de Violette reproche à Paul-André d'avoir «foutu toute la baraque en l'air», alors qu'il se défend d'avoir «ranger». Chaque camp découvre l'autre et doit l'accepter, tout en essayant de s'y intégrer. Le long métrage ne fait pas l'apologie de la vie de famille, ni du célibat, il s'amuse astucieusement à faire ressortir les défauts et les qualités que l'on trouve dans ces deux façons de vivre.

Avec Un peu, beaucoup, aveuglément de Clovis Cornillac, Les Chaises musicales de Marie Belhomme, et maintenant Une famille à louer, un vent nouveau et salvateur souffle sur le genre de la comédie romantique, made in France.

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