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Coup de chaud

 
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Raphaël Jacoulot, qui nous avait laissés dans les sommets enneigés des Pyrénées avec son très bon Avant l'aube, nous plonge dans une canicule qui exacerbe les comportements des personnages de son nouveau long métrage, Coup de chaud.

Le film s'ouvre pourtant sous des trombes d'eau en pleine nuit, par une scène nocturne dans laquelle un homme en perdition réussit péniblement à passer le portique d'une maison modeste de la campagne du Sud de la France. Puis on découvre la même région écrasé par un soleil de plomb à travers le personnage de Joseph Bousou, un jeune adulte à la stature imposante qui n'est pas sans rappeler le fameux personnage de Lennie Small du roman de John Steinbeck, Des souris et des hommes. On comprend rapidement que Joseph est un enfant hors norme qui passe son temps à trainer dans le village, mais il dérange les autres habitants qui aimeraient bien ne plus le voir faire les quatre cents coups. Mais voilà Joseph est une force de la nature et il impressionne: un étreinte de lui pourrait se révéler fatale.

Jacoulot s'attarde sur ces très petites agglomérations peu peuplées, où tout le monde connaît tout le monde, où les secrets ne le restent jamais longtemps, où l'on cherche régulièrement à se tirer dans les pattes par envie, par ennuie, par sottise. Cette année-là, l'été est particulièrement caniculaire et l'on décide de faire les frais d'une pompe pour puiser l'eau de la marre afin de nourrir les bêtes. Le cinéaste profite de la scène du conseil communal pour évoquer les querelles et les animosités qui enveniment le village: un des membre refuse de payer, car il possède une source familiale et n'a donc aucune intérêt à investir dans un système couteux qui ne lui profitera pas. Et c'est dans ce contexte particulièrement tendu que débarque un artisans du bois venu s'installer au calme avec sa femme et leur petite fille.

Non seulement, Raphaël Jacoulot maîtrise son cadre qui transpire la chaleur, son intrigue fascinante et son regard acerbe sur la complexité de la nature humaine, mais il nous offre aussi une direction d'acteur remarquable. Jean-Pierre Darroussin incarne le maire du village qui est aussi vétérinaire, avec un mélange de fermeté et de tendresse. Carole Frank donne vie et poigne à une agricultrice qui se bat pour survivre à la chaleur qui agresse ses bêtes et ses cultures. Dans le rôle de l'artisan, Grégory Gadebois parvient à jouer sur l'effacement de son personnage qui ne sait trop comment s'intégrer dans son nouveau cadre de vie et finira par faire un choix discutable aux conséquences dévastatrices. Et il y a Karim Leklou, impressionnant dans le rôle de Joseph puisqu'il joue un personnage à la fois détestable par ses aspects de sale gamin enfermé dans un corps de titan, et touchant par le fait qu'il est juste toléré sans ne jamais être vraiment accepté par les autres.

Cinéaste à suivre de très près, Raphaël Jacoulot parvient une nouvelle fois à nous montrer sa vision du monde au travers d'une intrigue qui lorgne du côté du film policier, sondant ainsi le pouls d'une société et d'une époque, comme le réussissait régulièrement Claude Chabrol. Une perle estivale bienvenue entre deux gros machins tonitruant et fatiguant.

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