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Max & Co

 
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Le voilà enfin sur nos écrans ce premier long métrage réalisé par deux frères jumeaux autodidactes (il ont claqué la porte de l'Ecal après six mois, et ils ont bien fait), créatifs et passionnés, ce qui manque cruellement dans le petit monde du cinéma suisse. Espérons que cela amènera d'autres commentaires dans la presse que le budget du film, qui soit dit en passant n'est pas si élevé pour une telle entreprise en comparaison avec ce qui se fait dans les pays anglo-saxons. Car disons le d'emblée, «Max & Co» est une éclatante réussite à tous les points de vue. Techniquement déjà, ce bijou tranche singulièrement avec le monde de l'animation de volume en y apportant une touche réaliste magnifique grâce à l'intégration de vrais paysages simplement photographiés est parfaitement incrustés sur fond bleu. La lumière signée par l'immense Renato Berta participe aussi à cette patine originale, grâce à une utilisation d'éclairage pour film de fiction grandeur nature en studio. En lieu et place de dizaines de sources lumineuses à hauteur de poupée, Berta opte astucieusement pour des spots traditionnels : l'effet est bluffant. Ce réalisme assumé ressort aussi dans l'intrigue et l'univers de «Max & Co» qui aborde de plein fouet des thèmes sociaux peu courants dans le cinéma dit familial. Sans aucun accent moralisateur, le film met en avant les limites désormais atteintes du capitalisme et du libéralisme. Avec beaucoup de finesse, au travers d'une entreprise à la fois reine du village car seule source d'emplois et monstre tentaculaire dévoué en priorité à ses actionnaires et au profit, «Max & Co» interrogera les plus jeunes spectateurs sur le monde actuel et c'est tout à son honneur. A l'heure où les libéraux de tous crins cherchent à nous imposer les OGM (dont personne, si ce n'est les grands groupes agro-alimentaires, ne veut entendre parler) le film met en lumière les excès politico-scientifico-financiers de la manipulation génétique et leurs dérives irréfléchies.Fred & Sam Guillaume n'hésite pas non plus à sacrifier l'un de leurs personnages les plus sympathiques, image même de la sagesse, en mettant en scène sa mort sans fioriture. Il ne disparaît pas simplement comme c'est trop souvent naïvement le cas dans ce genre de cinéma, mais meurt bel et bien. Non contents de réussir ce tour de force, les réalisateurs enchaînent cette séquence par un enterrement hilarant grâce au curé du village et à un juron tout à fait inapproprié dans de telles circonstances.A la fois spectacle divertissant, bourré d'humour et de tendresse, et réflexion, espérons que cette merveille rencontrera le succès qu'elle mérite vraiment et qu'elle fassent très vite oublier le dernier succès incompréhensible du cinéma suisse, l'indécent «Grounding» qui essayait très lamentablement de justifier l'injustifiable. Faites honneur à ce premier long métrage d'animation helvétique et vos enfants vous en remercieront.

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