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La Rage au ventre

 
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Même Hollywood s'invite sur la Piazza Grande de Locarno et qu'y amène-t-elle? Trainwreck, une comédie de Judd Apatow, régulièrement synonyme d'un humour gras ne faisant guère plus rire que les chambrées de jeunes qui associent systématiquement l'alcool au visionnement de film, les spectateurs maladivement tolérants ou très peu exigeants, et ce Southpaw (La Rage au ventre), pensum moralisateur à la philosophie pompeuse et pathétique qui reprend les préceptes d'une des plus grandes lâchetés de l'humanité, la confession, à entendre dans le sens catholique du terme. C'est bien connu qu'il est plus aisé de s'apitoyer sur sont sort en niauchant afin d'obtenir l'absolution, que d'assumer pleinement ses erreurs. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que cet outil fort pratique soit prisé par les maffieux, leur permettant de recommencer leur forfanteries, moyennant quelques lâches jérémiades, dans une complète absence de sincérité.

Southpaw suit un boxeur célèbre qui vient de la rue, réputé pour ne jamais se protéger et encaisser tous les coups avec une telle arrogance qu'elle en est détestable. Son ego démesuré lui a très vite fait prendre les pires habitudes chères aux parvenus et il se vautre sans vergogne dans un luxe aussi cliché que vulgaire. Très rapidement le film lui fait payer son arrogance en le privant de ses richesses, de sa femme, qui se fait tuer dans une scène risible et ridicule à cent lieues de toute crédibilité, et de sa fille qui est confiée au services sociaux. Le pauvre petit agneau sur lequel le sort s'acharne va devoir tout recommencer depuis le bas de l'échelle sociale et sportive. Il réapprendra l'art de la boxe avec un mentor qui a, lui, pour démon, l'alcool et ses effets dévastateurs. Evidemment, il remontera sur le ring pour triompher, en étant devenu plus modeste et en ayant appris à se protéger, redevenant, par la même occasion, la fierté de sa fille retrouvée.

Tout le film est cousu de fil blanc et ne laisse aucune place à une réelle créativité comme le genre devrait l'imposer. On se retrouve donc avec la énième histoire du vilain petit canard qui accède à la gloire, chute et revient au sommet. Cette manière manichéenne de voir le monde chère aux Américains et à leurs admirateurs simplets et envieux n'est plus possible aujourd'hui. Tous les participants de ce film s'y enfoncent allègrement et dans un tel sérieux que cela en devient vite suspect. Bien sûr c'est bien fait, propre, lisse, tout frais sorti d'usine et conçu pour remporter du succès, mais rien ne passe, à commencer par le jeu de Jake Gyllenhaal qui tient typiquement le rôle à Oscar par excellence, se donnant physiquement et jouant à l'extrême sur la corde sensible.

On ressort de cette chose atterré par tant de prêchi-prêcha, de minauderies, d'émotions factices et de manque d'authenticité tel que toutes les scènes de combat sont passées par une manucure numérique, certes remarquablement bien faite, mais dont on se demande, vu le produit final, s'il valait vraiment la peine de s'y attarder aussi consciencieusement et financièrement.

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