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La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil

 
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On l'a vu explorer de manière inédite et hilarante la vie de Serge Gainsbourg, et ensuite plonger dans l'univers de l'animation française avec Le Chat du rabbin. On parle, bien sûr, de Joann Sfar, artiste de BD et romancier devenu cinéaste, qui aborde ici un nouveau défi, s'inspirant d'un roman de Sébastien Japrisot mais aussi de la maxime de Jean-Luc Godard: pour faire un film, il suffit d'avoir une fille et un flingue.

La fille, celle qui donne le titre à La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil, c'est Dany (Freya Mavor), invitée un soir chez son patron (Benjamin Biolay) pour taper à la machine un document important d'une cinquantaine de pages. Le lendemain, elle amène son employeur et sa femme (Stacy Martin) à l'aéroport, en promettant de ramener tout de suite la voiture. Sauf qu'elle décide de s'accorder une petite vacance, qui tourne vite au cauchemar: des inconnus prétendent la reconnaître, elle retourne à des endroits qu'elle dit n'avoir jamais visité de sa vie, et quelqu'un semble la poursuivre...

Un sujet bien tordu, pour un film qui ne l'est pas moins. En plus de la philosophie de Godard, Sfar en emprunte aussi le style, avec une narration non-linéaire et quelques jeux de montage et raccords sonores. Hélas, cet exercice formel ne suffit pas à cacher la faiblesse générale du récit, qui s'appuie sur des épisodes de plus en plus invraisemblables et finit très rapidement par tourner en rond. De son côté, l'Ecossaise Mavor, connue jusqu'à présent pour avoir joué dans la série britannique Skins, s'en sort plutôt bien, alors que Martin, vue at admirée dans Nymphomaniac, est coincée dans un rôle ingrat. Tout comme le comédien italien Elio Germano, qu'il vaut mieux admirer dans un film formidable comme Il giovane favoloso de Mario Martone, scandaleusement inédit chez nous. Il faut donc se contenter d'une dame dans une auto, avec des lunettes et un fusil. Dommage.

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