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Magic Mike XXL

 
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Reprenant l'histoire trois ans après que Mike a tiré sa révérence, renonçant à la vie de strip-teaseur au sommet de son art, Magic Mike XXL retrouve les Kings restants de Tampa prêts à jeter l’éponge avant une dernière prestation, comme au bon vieux temps, lors de la invention en Floride. Dans cette dernière performance à Myrtle Beach, ils souhaitent figurer en tête d'affiche avec le légendaire magique Mike en vedette avec eux. Sur la route de leur dernier spectacle, ils s’arrêtent à Jacksonville et Savannah pour renouer avec de vieilles connaissances et se faire de nouveaux amis, Mike et les gars apprennent quelques nouveaux mouvements et ravivent le passé de manière surprenante.

Magic Mike XXL bafoue hardiment toute sagesse conventionnelle pour un registre culturel très nord-américain qui peine à séduire un public européen. L’exercice de la pornographie esthétisante s’avère guère sexy, bien éloigné de la représentation cinématographique esthétique réussie, cohérente et rigoureuse que bien des réalisateurs sont parvenus à restituer… On songe avec nostalgie à La carne de Marco Ferreri ou Salò ou les 120 Journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini, entre autres.

Magic Mike XXL maintient ses aspirations suffisamment bas pour satisfaire seulement les attentes les plus simples et les plus basiques; à la fin de la journée, les danseurs se livrent à un numéro aux rouages peaufinés et huilés lors de la représentation d’une nuit de noces particulièrement triviale. Durant ce voyage sur la route sinueuse des relations humaines, ce film sur un groupe d'artistes qui se croient des thérapeutes pour femmes esseulées en mal de sexe et d’amour se veut porteur de message mais Magic Mike XXL laisse perplexe. A travers des représentations  tapageuses qui s’accélèrent au fil du film, force est de constater que  Magic Mike XXL est résolument destiné à un public nord-américain, friand de ce ce genre de spectacle quand il ne sombre pas dans un puritanisme exacerbé. Dommage que Channing Tatum, après avoir excellé dans Foxcatchers, se retrouve reduit à un simple objet sexuel censé satisfaire les frustrations d’une gent féminine hystérique. A cette vision assez caricaturale des femmes (il y a de quoi s’inquiéter sur l’avenir de l’humanité!), le réalisateur offre une représentation grotesque et triviale du milieu des travestis qui, déjà passablement mis à mal, ressortent encore plus stigmatisés par ce film.

Rédigé assez âprement afin que les acteurs apportent leur propre alchimie en mêlant leur corps à ceux de leurs groupies, le film de Gregory Jacobs tente, tant bien que mal, d’être élaboré en suscitant quelques tensions dramatiques en coulisses. Si on ne peut rien reprocher sur le plan esthétique à ce film, l’intrigue et le traitement ne convainquent guère. Mais on reste dépité en songeant à Nashville (1975) ou Prêt-à-Porter (1994) de Robert Altman. Magic Mike XXL n’en arrive pas à la cheville!

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