Critique

Love

 
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Autant le dire d'entrée, le film qui devait créer le scandale au dernier Festival de Cannes est un pétard plus que mouillé. Bénéficiant d'une très belle photographie en 3D de Benoît Debie, la dernière oeuvre de Gaspar Noé est une vaine tentative poussive de démocratiser la pornographie au travers d'une romance ennuyeusement classique et anecdotique.

A la réception d'un message de la mère d'une de ses ex qui s'inquiète de la disparition de sa fille, Murphy, un jeune Américain arrogant et prétentieux venu faire du Kubrick à Paris (on croit rêver) se remémore sa relation avec Electra (bonjour le symbole à deux balles), jeune artiste plasticienne (on croit rêver, bis), en se focalisant sur leur sexualité soi-disant libérée, ou décomplexée comme il est bien vu de dire au sein des mondanités chichiteuses dans lesquelles ce long métrage se vautre jusqu'à la lie. On a donc droit à d'interminables scènes de sexe très peu découpées où, évidemment la jouissance masculine prédomine, ne méritant que l'indifférence la plus totale. Tous les clichés du genre y passent: le triolisme avec la voisine, la boîte échangiste dans laquelle on pénètre au son du thème d'Assault de John Carpenter (on croit rêver, ter), etc. Et n'ayant absolument rien à dire, Love s'attarde, entre deux coïts, sur des bavardages d'une banalité affligeante et prétentieuse.

Quand le petit monde artistico-mondain qui se regarde le nombril en se gaussant de sa propre médiocrité comprendra qu'il n'y a aucun intérêt à prescrire sa sexualité et (ou) ses fantasmes aux autres, on aura fait un grand pas, mais cela paraît de plus en plus compromis quand on sait que beaucoup de contrats prennent forme dans des soirées où l'alcool, la drogue et le sexe coulent à flot. Et ce genre de "snoberies" sont défendues par des gens inconsistants qui rêvent imbécilement de pénétrer cet univers détestablement sectaire, à la vanité grosse comme la planète. Si elles ne sont pas transcendées ou utilisées pertinemment comme dans Nymph()maniac de Lars von Trier, les histoires de fesses perdent toute leur puissance en étant étalées sur la place publique et n'excitent qu'une minorité d'érotomanes pornocrates qui dressent les pancartes de cette pauvre liberté d'expression bien mal menée pour imposer aux autres la vision ultra libérale, donc égoïste de leur modèle de société.

Qu'est-il donc arrivé à Gaspar Noé depuis Irréversible? Lui, qui faisait partie des cinéastes les plus exigeants, les plus rigoureux et les plus dérangeants, se serait-il laissé influencer par cette clique citée précédemment, ou essaie-t-il de faire de l'ironie? S'il s'agit du deuxième cas, c'est bien raté et son dernier né regorge de prétentions insupportables, comme nommer le bébé de Murphy, Gaspar ou l'ex d'Electra Noé. Bref, ce Love est une guimauve "nombrilo-intello-bobo" avec beaucoup de sexe pour faire causer dans les milieux susmentionnés qui adorent "s'introspecter", comme ils ne cessent de le dire, pour un oui ou pour un non.

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