Critique

Unfriended

 
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Consternant, accablant, stupide, vulgaire, facile, gratuit, paresseux, dangereux, et surtout moralisateur au possible sous couvert d'une dénonciation: voilà quelques uns des adjectifs qui viennent à l'esprit au sortir de cette chose immonde sortie tout droit d'esprits étriqués et cautionnée par un grand studio hollywoodien. Les nouvelles technologies, qui pour beaucoup favorisent la paresse de son utilisateur, sont le pire ennemi de la culture quand elles deviennent le moteur narratif d'une oeuvre. C'est encore plus flagrant quand il s'agit d'horreur et c'est le cas ici. Une fois n'est pas coutume, on va vous dévoiler l'intégralité de ce produit car il ne mérite vraiment pas une dépense inutile de temps, d'argent  et de disposition cérébrale.

Une année après le suicide d'une camarade suite à des révélations scabreuses sur internet, six adolescents se retrouvent un soir pour discuter en visiophonie. Il y a d'abord Blaire et Mitch qui, soi-disant amoureux, se promettent de coucher ensemble à la fête de fin d'année scolaire: bonjour le cliché. D'emblée, ces deux-là sont montrés sous un jour glauque et malsain. Sous prétexte d'un jeu érotique par caméras interposées, Blaire exige d'être menacée au couteau pour déboutonner son chemisier. On trouve aussi Ken, le petit gros rigolo de la bande, qui amuse son clan en pétant devant son ordinateur, Jess, une blonde à l'arrogance qui dépasse l'entendement et Adam qui pense pouvoir tout gérer si on suit sa méthode et uniquement la sienne. Il y a Val, mais elle passe tellement vite qu'il n'est pas nécessaire de la mentionner. On comprend juste qu'elle s'incruste dans le groupe et que les autres lui font croire qu'ils la tolèrent, tout en ne cessant de la critiquer quand elle est absente. Tout ce petit monde est très superficiel et il n'y en pas un pour sauver l'autre.

Et ce soir-là, il y a un invité surprise qui intervient dans la conversation en utilisant le compte de la suicidée. Tous s'énervent et on a droit à une suite d'engueulades inaudibles car tout le monde parle en même temps, de crises d'hystérie et un chapelets d'insultes. Les vérités et les rumeurs deviennent des armes. On apprend par exemple que les pères de Mitch et Adam passent leurs soirées à se saouler dans des bars, comme si cela devait servir d'excuse à leur comportement qui, entre autres, poussa au suicide leur camarade.

Mais il s'agit bien de la défunte en personne et elle va se venger d'outre tombe grâce à son esprit qui, évidemment, possède le don d'ubiquité. A travers un jeu, elle va pousser ses anciennes connaissances à révéler leur implication dans sa mort et les éliminer les unes après les autre, en finissant par Blaire qui était censée être sa meilleure amie. Le groupe éclate petit à petit quand sortent les vérités assénées à coups de marteau-piqueur. Par exemple, entre autres joyeusetés, Adam a été trahi et dénoncé à la police pour trafic de stupéfiants, Blaire que Mitch croit naïvement vierge a déjà couché avec Adam, mais lors d'une soirée arrosée, avec la fameuse excuse chère aux fêtards drogués et alcooliques: «Je n'étais pas moi-même, je ne savais pas ce que je faisais.» Qu'a-t-il bien pu se passer une année au paravant, pour que Laura se suicide? Le réalisateur dont on espère vraiment sincèrement qu'il s'agit là du dernier film, Levan Gabriadze et son scénariste, le non moins dénué de tout talent Nelson Greaves l'expliquent et le montrent dans une vidéo particulièrement immonde en insistant sur les détails visuels à grands coups de gros plans: lors d'une de ces fameuses beuveries où la jeunesse dépravée actuelle s'amuse à vouloir faire comme les grands en n'imitant que le comportement le plus immature de leurs aînés, Laura a été filmée complètement saoule (déchirée comme on dit maintenant) les fesses conchiées. Humiliée le lendemain quand la vidéo est diffusée sur la toile, elle met fin à ses jours.

Ce film est une honte complète à tous les niveaux. Techniquement il n'y a aucune once de créativité et la toile de cinéma devient vulgairement un écran d'ordinateur avec des images et un son de très mauvaise qualité, ce qui confère à une insulte, ni plus, ni moins. Le produit a été conçu de manière tellement mercantile et racoleuse que les versions pour les divers pays on été faites dans leurs langues respectives: tout ce qui est écrit à l'écran (et il y a un paquet de textes qui défilent) l'est dans le langage propre à sa nation. Et le fond atteint des sommets de bassesses sous le fallacieux prétexte de retranscrire l'actualité malsaine qui gangrène de plus en plus la toile. On y trouve le syndrome vicieux de Saint Thomas qui consiste à voir pour croire, comme surexploité dans la vidéo qui a tout provoqué. Le film se vautre dans la gangue du toujours plus: toujours plus de violences, d'immondices. Sans aucune subtilité, cette étron titille uniquement les penchants pervers en recourant à l'extrême dans un étalage racoleur de vulgarités et d'images abjectes. Et le pire est que tout cela est emballé dans une morale affligeante de bêtise crasse, se résumant à ce qu'il ne faut pas embêter, même pour rire, ses connaissances, car cela vous retombera dessus tôt ou tard et vous le payerez cher, même si dans le cas présent, la victime aurait mieux fait d'assumer sa débauche. Bref, cette monumentale débilité est la suite logique de films issus de ce que certains esprits peu fréquentables ont défini, en se croyant spirituels, de "torture porn", alors que c'est sans conteste la pire chose qui a pourri le cinéma de divertissement. Et défendre se produit hautement toxique confère à sanctifier la médiocrité, ce qui devient fort malheureusement une mode sous couvert de la liberté d'expression qui a, depuis la démocratisation des nouvelles technologies de communication, perdu tout sa noblesse de caractère.

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