Critique

Un moment d'égarement

 
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Après son diptyque sur Mesrine, Jean-François Richet réactualise un film de Claude Berri produit par  Thomas Langmann, fils de ce dernier. L'exercice était-il nécessaire? Oui et non. Non, parce que cela sent un peu le réchauffer. Oui, parce que Richet joue beaucoup plus sur l'ambiguité et le chantage affective très en vogue aujourd'hui. Donc, Antoine (François Cluzet) et Laurent (Vincent Cassel) décident de passer les vacances d'été dans la propriété corse d'Antoine, en y emmenant leurs filles adolescentes, convenues ici de qualifier de petites pétasses qui se plaignent de tout avec arrogance dès leur arrivée et font une crise de nerf car il n'y a pas de réseau afin qu'elles puissent s'adonner à leurs futilités favorites. La fille d'Antoine va se mettre en tête d'attirer dans ses filets Laurent et profiter d'un moment de faiblesse de celui-ci, lors d'une soirée trop arrosée, pour se faire dépuceler.

Un moment d'égarement ne cherche judicieusement jamais à provoquer l'empathie envers ce quatuor, où chacun agit naïvement dans le pire sens du terme. En disgrâce maritale, Antoine drague comme un gamin et devient le dindon de la farce. Sa fille se comporte comme une imbécile totale qui pense gérer le jeu qu'elle a provoqué, comme une grande. Laurent n'ose pas s'affirmer et se laisse manipuler. Sa fille choisit la fuite. La situation devient vite inextricable, car aucun n'a le courage de remettre à sa place la provocatrice, lui laissant le champ libre à son fantasme de sale gosse.

Le film montre avec pertinence que le beaucoup cherchent paradoxalement à vieillir plus vite que le temps, tout en se comportant comme des créatures immatures, sentimentalement et psychologiquement, et égoïstes, au lieu de crever l'abcès. Certes, ce n'est pas une nouveauté, mais le long métrage fait le constat d'une accélération devenu quasiment ingérable de cet état de fait. La fameuse ouverture d'esprit que beaucoup utilisent comme excuse à leurs faux pas et à leur comportement égocentrique, n'aurait-elle pas atteint ses limites? Y a-t-il plus mesquin et narcissique que le comportement des fêtards se lâchant l'instant d'un moment de jouissance éphémère et regrettant leur actions irréfléchies en venant lâchement s'excuser le lendemain, pensant que tout sera pardonner, comme si de rien n'était? Un moment d'égarement pose ces questions essentielles sans n'y apporter de réponse si ce n'est que la futilité peut se montrer dangereuse et malsaine quand elle devient moteur de l'existence.

Le plan final ponctue cette réflexion en forme d'un gros point d'interrogation, hésitant entre le soulagement et l'inquiétude. L'être humain sera-t-il enfin un jour capable et assez réfléchi pour retenir la leçon de ses erreurs et atteindre ce qui devrait être son but ultime: la sagesse?

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