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Vice-versa

 
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Difficile de parler du dernier-né des studios Pixar sans avoir la gorge nouée par l'émotion. Car Vice-Versa est avant tout un incroyable voyage intérieur bourré de scènes qui cueillent le spectateur sans prévenir, rompant tel un tsunami nos digues émotionnelles, nous laissant fondre sur notre fauteuil, dévastés et heureux. En prenant le parti de faire s'incarner les émotions qui nous gouvernent par des petites créatures symbolisant la joie, la tristesse, le dégoût, la colère et la peur, le réalisateur Pete Docter dépeint petit à petit la construction même de nos personnalités, en illustrant notamment la manière dont l'intérieur (notre esprit, notre affect) et l'extérieur (le monde environnant) interagissent en permanence. Dit comme ça, ça n'a l'air de rien. A l'écran, le concept vous éclate au visage comme autant de déflagrations sensitives.
En suivant une petite fille depuis sa naissance jusqu'au début de son adolescence, Vice-Versa s'impose également comme une bouleversante allégorie sur le temps qui passe, et sur la façon dont nous perdons certains souvenirs, en conservant d'autres, parfois sous une autre forme (la nostalgie), pour finalement avancer dans nos vies, évoluant au gré des âges, et nous tissant in fine notre propre toile émotionnelle intérieure. Et c'est ici que Vice-Versa trouve son coeur, sa raison d'être, son motif profond: les souvenirs.
Sans eux, pas d'humanité, pas de personnalité, pas de sens ni de raison d'exister. Fussent-ils gais ou tristes, ce sont eux qui font de nous ce que nous sommes. A ce titre, la sublime séquence finale dans laquelle "Tristesse" prend les manettes des émotions de la petite Riley est à briser le coeur, de peine et de bonheur à la fois, du plus endurci des spectateurs.
Visuellement splendide, d'une richesse thématique insondable, porté par la sublime musique de Michael Giacchino, Vice-Versa nous laisse K.O., essorés, vidés, mais rempli à ras bord de joie et de bonheur. A l'image des îles-souvenirs qui s'écroulent dans l'esprit de Riley, à l'image de celles, nouvelles, qui émergent sur les ruines de leurs ancêtres, nous ne sommes finalement rien d'autre que la somme de nos souvenirs. Et c'est déjà beaucoup.

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