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Ex Machina

 
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Ouf, on peut enfin oublier les horreurs telles que Lucy de Luc Besson, Interstellar de Christopher Nolan et autres qui ont écorché, ces derniers temps, le genre de la science-fiction. Alex Garland arrive à point nommé pour remettre les pendules à l'heure, grâce à son excellent premier film. Cet auteur n'est pas un novice en matière de cinéma. Il avait adapté en l'édulcorant son roman La Plage pour Danny Boyle, puis écrit le scénario de l'un des meilleurs films de zombie, 28 jours plus tard du même Danny Boyle.

Pour sa première réalisation, Garland s'attaque à l'intelligence artificielle dans un sublime huis-clos dramatique et pertinent. Ses personnages sont fouillés et ne se contentent pas d'être le soi-disant reflet de ce qui plaît au plus grand nombre. Il y a d'abord un jeune informaticien très doué interprété par Domhnall Gleeson qui doit tester Ava, une humanoïde parfaitement incarnée par Alicia Vikander, à moins que cela ne soit le contraire. Cette ambiguité est le moteur même du scénario, car ici pas de noir ou de blanc, pas de gentils ou de méchants, comme, paraît-il, l'exige les recettes qui font un succès, mais une analyse maligne de ce que devient la mentalité humaine, courant à sa perte. Le créateur d'Ava, sorte de magna de l'informatique, imbu de sa personne, alcoolique, vivant en sollitaire, est joué par l'un des meilleurs acteurs actuels, Oscar Isaac. Au fur et à mesure de sa filmographie ce comédien hors pair se réinvente à chaque rôle. Ici, il a la lourde tâche de donner vie à un homme désespéré et inlassablement insatisfait qui se prend pour Dieu, en croyant pouvoir toujours repousser les limites et s'imposer aux autres: il est l'incarnation d'un grands nombres de dirigeants comme il en existe malheureusement trop à notre époque et auxquels on voue un culte immodéré sous le prétexte d'une réussite, ne se mesurant qu'en argent.

Tout ici joue sur l'ambivalence avec une sagacité peu commune. Le décor du film est autant froid que captivant: c'est à la fois une splendide demeure et un bunker lugubre. La mise en scène mêle un aspect très classique et des plans audacieux dans un mariage subtile, loin de toute esbroufe purement visuelle. Les effets spéciaux font partie intégrante d'Ava et là aussi, il sont à la fois discrets et impressionnants. 

En pressant fort, afin que la douleur s'en ressente bien, le film met autant le doigt  sur la mégalomanie que sur la fascination malsaine que celle-ci exerce sur celles et ceux qui ont laissé tombé leur libre arbitre, et ils sont légion. Grâce à Ex Machina, on se rend compte avec bonheur que la science-fiction n'est heureusement pas l'apanage d'une industrie prenant ses clients pour de vulgaires consommateurs en les infantilisant à grand coup d'utopies rose bonbon ou de spectacles monstrueux pétris de destructions massives et autres violences que l'on voudrait nous faire passer pour un défouloir ou une catharsis. Sans trop dévoiler les ressorts dramatiques d'un scénario brillant, on salue ce premier long métrage qui se clôt judicieusement et en toute cohérence par une chanson punk de Savages, intitulée Husbands.

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