Critique

Sweet Girls

 
Critique par |

Avec Sweet Girls, on se retrouve devant un phénomène peu agréable: écrire sur un film que l'on aurait aimé apprécier et soutenir, mais qui déçoit par des choix maladroits et discutables. Pourtant, ce long métrage à petit budget avec un décor parfaitement cinématographique avait de quoi susciter l'intérêt. D'abord, on retrouve le nom de Xavier Ruiz, cinéaste responsable d'un excellent Neutre et d'un convainquant Verso. Le genre du film, une comédie noire sociale, chasse très gardée du cinéma britannique, titillait l'intérêt. La bande-annonce laissait augurer les meilleurs présages. Mais hélas, la bonne idée de départ se fourvoie vite dans une suite de mauvais choix comme si, à chaque virage, le film prenait la mauvaise direction.

Deux très jeunes filles vivant dans une barre hlm morose décident de se débarrasser des résidents âgés pour donner leur logement à des plus jeunes qui, selon elles, méritent de prendre leur revanche. Avec la plus grande naïveté, elle jugent que c'est de la faute des aînés si les jeunes galèrent aujourd'hui. Mais quand vient le moment de passer à l'acte, elles ne parviennent pas à concrétiser leur fantasme. Elles se dégonflent et le film  prend le même chemin. Elles vont donc enfermer les vieux, comme elles disent, en leur faisant croire que dehors, l'air est devenu irrespirable, suite à une catastrophe.

Cette base intéressante et assez excitante il faut le reconnaître, s'étire dans un scénario poussif où les trois genres ne sont jamais exploités à leur juste valeur. Malgré deux ou trois répliques cinglantes, le ton comique réside dans un humour de potache qui a trop souvent recours à la vulgarité la plus commune. La noirceur fait place à un sentimentalisme artificiel qui atteint plus les deux héroïnes que les spectateurs. Et l'aspect social est vite oublié, tellement le récit sombre dans l'invraisemblable, malgré une volonté de réalisme.

C'est dans son décor que réside d'ailleurs la rare réussite du film. Cette barre d'immeuble devient un personnage à part entière et les réalisateurs la filment sous toutes ses coutures, aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur. Chacun de ses recoins est mis à contribution, offrant à l'ensemble un bel écrin.

On aurait aimé une farce drôle et méchante, mais tout devient consensuel au possible, comme si les metteurs en scène freinaient leurs envies originelles et cherchaient à se mettre dans la poche la masse de spectateurs moyens friands d'un consensus émotionnel totalement fabriqué, oubliant de bousculer leur auditoire par un ton plus irrévérencieux, plus pertinent et plus jubilatoire. C'est dommage et la conclusion, qui tient plus du fantasme saphique de macho que d'une réelle provocation assumée, ne parvient pas à sauver les meubles. Ce n'est pas avec ce film, somme toute assez vain, que la Suisse fera son entrée dans dans un cinéma dit de genre original et mémorable. Mais le dernier mot reste aux spectateurs: n'hésitez pas à nous faire part de vos avis.

En savoir plus sur Remy Dewarrat