Critique

La Tête haute

 
Critique par |

Non seulement, Emmanuelle Bercot a l'honneur d'ouvrir le Festival de Cannes, cette année, mais elle est aussi à l'affiche de Mon roi de son amie Maïwenn avec qui elle avait co-signé Polisse, il y a quatre ans. Avec La Tête haute, elle nous offre un de ces superbes films de la veine sociale, dans la droite ligne du cinéma des frères Dardenne. Contrairement à Polisse qui se servait du social comme prétexte pour une prise de tête toute parisienne, le film d'Emmanuelle Bercot s'intéresse à son sujet de manière frontale. Le film commence quand la mère de Malony, alors âgé de six ans, est convoquée chez la Juge Florence Blaque. Malony va alors être suivi par la justice pendant une dizaine d'année. On le retrouve adolescent, quand il est envoyé dans un centre pour jeunes délinquants, sous la surveillance d'un assistant social, qui est passé par les mêmes aléas de la vie dans sa jeunesse.

La réalisatrice a l'excellente idée de ne pas montrer les mauvais coups de son personnage principal, en s'intéressant aux conséquences de ceux-ci et aux moyens mis en place pour remettre Malony dans le droit chemin de la société. Le film suit donc l'évolution de son personnage en évoquant aussi bien ses efforts louables que ces nombreuses rechutes. Loin de tout pathos, La Tête haute est le constat d'une défaillance judiciaire qui a ses limite, alors qu'elle est justement sensée gérer les défaillances individuelles et en particulier, celle d'une jeunesse en manque de repères autant familiaux que professionnels. Et, comme l'outil principal de la Juge Blaque est la communication avec ses clients, le film repose judicieusement beaucoup sur les dialogues. Il illustre parfaitement ce problème d'incommunicabilité, en se focalisant sur les discussions entre les différents personnages.

Après l'excellent Elle s'en va, Emmanuelle Bercot refait équipe avec Catherine Deneuve qui réalise une performance remarquable en se fondant dans son personnage de juge pour mineurs. Dans le rôle de l'assistant social, Benoît Magimel est impeccable et dans celui de la mère de Malony, Sara Forestier campe une femme dépassée par les événements et contrainte d'être assistée. Pour son premier film, Rod Paradot crève l'écran en prêtant à Malony toute sa fierté et sa détermination, mais aussi sa vulnérabilité. La réalisatrice fait preuve d'une direction d'acteur irréprochable, en composant à merveille avec ses comédiens une partition sans fausse note. Même l'histoire d'amour naissante entre Malony et la fille d'une de ses professeurs sonne très juste. La Tête haute ne sombre jamais dans une indigestion de bons sentiments et on en ressort heureux avec l'impression très agréable d'avoir assisté à une tranche de vie forte et pleine d'humanité.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

CONCOURS 4 X 2 invitations à gagner pour "Visages d'enfants" au City-Club à Pully

Participer