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Mad Max: Fury Road

 
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TRES CONTRE

Concert d'éloges pour le dernier film de George Miller qui, en manque d'inspiration complète, reprend son personnage culte de Mad Max, trente ans après sa naissance sous les traits de Mel Gibson, dans un produit qui ne se veut ni une suite, ni un remake, ni un "reboot" comme l'on dit quand on veut se monter le bourrichon en société. On se demande toujours de quoi il s'agit vraiment d'ailleurs. Il est assez impressionnant de voir qu'une majorité des critiques de films fasse un pont d'or à cette chose: à croire qu'ils ont tous été payés par la production afin d'en faire la publicité, et ce depuis la première bande-annonce diffusée à grande échelle.

Alors oui, le film bénéficie d'un esthétisme et d'effets visuels remarquables, mais c'est la moindre des choses avec un tel budget. Et papy Miller refait le coup très peu sympathique d'Ang Lee avec L'Odyssée de Pi, en claironnant que son film ne possède que peu d'effets numériques, bien que 2000 plans sont passés entre les mains des infographistes. C'est malhonnête et l'entier du long métrage l'est tout autant. Ici, pas de scénario, mais juste un synopsis qui tient sur à peine la longueur d'un "tweet". On nous fait suivre Max qui se fait capturer par une bande de vilains pas beaux. On lui pompe son sang on ne sait trop pour quelle raison futile. Il assiste au départ en très grande pompe de Furiosa, lieutenant du grand méchant qui s'apprête à aller chercher de l'essence, au volant d'un énorme camion citerne. Mais c'est un leurre car Furiosa profite de cette occasion pour emmener avec elle les femmes du chef. On lui envoie donc aux trousses une horde de ces bons hommes tout gris comme si ils vivaient sous terre alors que l'on se situe en plein désert, frappé par un soleil caniculaire. Max se retrouve attaché à l'avant d'un véhicule, comme une vulgaire figure de proue. Et c'est parti pour une interminable et ennuyeuse poursuite. Comble de la paresse scénaristique de l'ensemble, quand on atteint le but, on revient au point de départ en reprenant exactement la même route, exagérément qualifiée de furieuse par le titre de ce trop long clip assommant.

Avec Mad Max: Fury Road, on a l'exemple parfait et assez ultime de ces films tape-à-l'oeil qui ne se basent que sur la plastique de l'extrême, en oubliant, dans une débauche de naïveté digne d'un ado surexcité, de raconter une histoire. Et même si le film n'est que le premier épisode d'une série de trois ou quatre, il est inexcusable de se contenter d'une si pauvre écriture à tous les niveaux et de devoir endurer un tel ramassis de clichés, comme si l'on était face à une sorte d'adaptation moderne de l'Apocalypse selon Saint-Jean.

On ressort atterré de ce trip nostalgique des années 80 qui ne tient que très faiblement sur le seul nom du personnage de Max. Incarné par Tom Hardy, Max fait pâle figure ici, car il n'est pas traité comme un héros, mais comme un faire valoir qui s'efface au profit d'une bande de jeunes femmes rebelles. Ce qui fait dire à certains très peu au fait de la chose que l'oeuvre devient un plaidoyer féministe. C'est malheureusement tout le contraire, car jamais des femmes, traitées comme des mecs et n'ayant pour seul moteur de survie que la révolte et la vengeance, ne pourront représenter ce noble mouvement. Tout le film d'ailleurs soutient sournoisement qu'en cas d'apocalypse, le seul moyen de s'en sortir est de prendre les armes, soit ramener des siècle d'évolution de l'intelligence humaine à la pire bassesse animale. Et pourrait-on voir dans l'effacement de Max, la bonne idée d'un personnage qui aurait choisi la discrétion pour survivre dans cet univers insupportable que dépeint le film? On doute que les cerveaux très mercantiles de l'objet aient pensé aussi loin, mais on peut se poser la question.

Donc pour résumer, si vous vous rendez au cinéma pour que l'on vous raconte une histoire, vous pouvez éviter ce déplacement inutile. Par contre, s'il y en a qui aiment, pour une raison qui n'appartient qu'à eux, que leur tête soit la proie d'une machine à laver bruyante et racoleuse à faire mal au cerveau pendant deux longues heures, leurs penchants masochistes seront parfaitement satisfaits.

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