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Pourquoi j'ai pas mangé mon père

 
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Au vu de la bande-annonce, on ne pouvait qu'être pris de peur et d'appréhension tant le film semblait lourd, hystérique et dénué de la moindre finesse. Jamel Debbouze faisant du Jamel Debbouze, gags anachroniques en rafales, trop-plein d'énergie et trop-plein de dialogues: a priori, rien ne pouvait sauver Pourquoi j'ai pas mangé mon père. A posteriori, et bien que certaines des craintes initiales se voient confirmées à l'issue de la projetcion, le film vaut finalement bien mieux que ce qu'il laissait paraître.

Pourtant, les points négatifs sont bien là: le film, extrêmement bruyant, très hystérique, aux plages de silence quasi inexistantes, nécessite un temps d'adaptation si l'on veut l'apprécier au-delà de ses apparats indigestes. Tout comme les dialogues anachroniques qui tirent clairement le long-métrage vers le bas. Pourquoi vouloir à tout prix moderniser le propos jusque dans les répliques ? A vouloir rameuter le (jeune) chaland, le film perd en naturel et en crédibilité.

Passés ces dommageables erreurs d'écriture, Jamel Debbouze file la métaphore de façon très fluide et pour le coup, très digeste. En substance: comment un paria va-t-il réussir à s'extraire de sa condition et à devenir un exemple pour les autres. De là à dire que le film est une autobiographie de son réalisateur vedette, il n'y a qu'un pas qu'il faut bien entendu franchir allègrement.

L'autre point fort du film est sans conteste sa réussite formelle. D'une part, la technique de la performance capture est extrêmement réussie, les expressions et mimiques des personnages étant rendues avec un réalisme remarquable. D'autre part, la mise en scène, clignant certes de l'oeil ça et là au Roi Lion, se distingue par une fluidité et une originalité qui s'en tirent avec les honneurs. On regrettera cependant le choix moralement discutable d'avoir intégré Louis de Funès au casting du film, jusqu'à le faire figurer sur l'affiche. Au-delà de la démarche purement commerciale et démagogique, qui peut préjuger que l'acteur aurait accepté de jouer dans le film ?

Pourquoi j'ai pas mangé mon père est donc bourré de défauts mais parvient pourtant à emporter l'adhésion. Une oeuvre bicéphale mais cohérente, énervante et attachante, en un mot, un film de contradictions.

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