Critique

Chappie

 
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La science-fiction serait-elle devenue la chasse gardée des coeurs d'artichaut et autres sentimentaux exacerbés?

Prenons le cas de Neill Blomkamp. En 2009 débarquait sur les écrans District 9, un film de science-fiction sud-africain qui avait l'originalité et la pertinence de ne pas considérer les extraterrestres comme des envahisseurs, mais des réfugiés parqués tels des animaux dans des centres de rétention. Son auteur, Neill Blomkamp réalisait un film remarquable à plus d'un titre en utilisant à bon escient la s-f pour éclairer un problème de société. Quatre ans plus tard, il récidive avec Elysium qui traitait de l'inégalité entre les plus riches et les plus pauvres à travers le parcours, un brin téléphoné, d'un révolté contre le système assurant santé et pérennité aux plus nantis de la planète. Aujourd'hui, il nous livre Chappie et sombre dans le sentimentalisme le plus mièvre.

Ici, tout découle de cette fameuse émotion artificielle qui doit réussir à faire pleurer les plus endurcis. On a droit au savant qui pense béatement que donner une conscience, pour ne pas dire une humanité aux machines confère du progrès, à un trio de voyous patibulaires, au premier regard, mais pas si mauvais que cela dans le fond, et à un robot traité comme un enfant dont la pureté est exploitée. La mise en place de la chose laissait espérer pourtant un film original, mais on déchante très vite et Chappie ne cesse de s'enfoncer au fur et à mesure.

Le héros est un robot policier, Scout 22, qui reçoit toujours les plus gros chocs lors de ses missions et finit régulièrement à l'atelier de réparation. D'emblée, on nous fait avoir pitié de ce tas de ferraille et d'électronique. Son créateur profite de sa mise aux rebuts pour lui intégrer une puce qui lui permettra d'avoir une conscience, mais cette nouvelle existence l'oblige à tout réapprendre, comme un enfant. Comme c'est mignon! Le robot est enlevé par un trio de gangsters bling-bling, dont le QI ne doit pas excéder celui d'un tardigrade, qui veut en faire un robot-gangsta, yo mes frères. La fille du groupe, qui doit être un peu chamboulée par son horloge interne et son instinct maternel, s'en amourache et le baptise Chappie. Comme c'est mignon, bis! Profitant de la naïveté de la machine, les voyous en font une arme en lui mentant sur leurs intentions. Chappie finit par comprendre le pot-au-rose, vit ses premières crises existentielles et se révolte. Comme c'est mignon, ter!

Pour incarner les vrais méchants de l'histoire (on passera sur le super gangster Hippo, tant sa présence est inutile), on a fait appel aux seules vedettes du film. Sigourney Weaver fait ce qu'elle peut, et pas toujours très bien, pour représenter le méchant capital en campant une patronne obsédée par son chiffre d'affaire. Et c'est Hugh Jackman, à contre-emploi, qui endosse le costume de l'adversaire du gentil savant. Lui aussi fait ce qu'il peut pour défendre son personnage. Son robot belliqueux est tellement une photocopie du Ed-209 de Robocop que cela en devient presque gênant.

Comme beaucoup de produits destinés aux masses à grand renfort de campagnes publicitaires et d'appâts pour nunuches sur les réseaux sociaux, Chappie prend ses consommateurs pour des idiots patentés, en jouant avec obsession sur les beaux sentiments, enrobés dans des tonnes de sucre pour mieux faire passer la lourdeur hypercalorique de l'ensemble. Le film tout entier est à l'image de la figure féminine du trio de gangsters: une insupportable pétasse qui oscille entre la rebelle et la petite fille rêvant d'un monde tout rose peuplé par Hello Kitty, Barbie et autres niaiseries du genre.

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