Critique

Homo faber (trois femmes)

 
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En composant une nouvelle «lecture cinématographique» du célèbre roman de Max Frisch, Richard Dindo transpose l’histoire incroyable de Walter Faber en gardant intacts les mots que l’écrivain zurichois a couchés sous sa plume il y a plus de cinquante ans. L’adaptation de Völker Schlöndorff (sortie en 1991), très classique et au final sans réel intérêt, ne fait planer aucun doute sur l’intérêt d’une relecture réalisée par l’un des documentaristes suisses les plus connus. En effet, qui d’autre que Richard Dindo, fasciné depuis toujours par les écrits de Max Frisch, dont les réflexions ont largement influencé sa filmographie, pour s’attaquer au chef d’œuvre du romancier?

Ingénieur parcourant le monde pour son travail, Walter Faber est un vrai cartésien qu’aucune once de poésie ne semble attendrir. Perdu au milieu du désert, une machine à écrire. Walter Faber a enfin le temps d’écrire à Yvie, son amante qui l’attend dans «leur» appartement de New York, puis de nous présenter les trois femmes qui ont marqué sa vie, Yvie, Hanna et Sabeth, plus différentes les unes que les autres. Lassé de sa vie avec Yvie, notre héros embarque pour l’Europe. Sur le paquebot, une rencontre va bouleverser sa vision du monde : Sabeth, jolie jeune femme d’à peine vingt ans, à l'innocente et troublante beauté. Après une escale de quelques jours à Paris, le couple voyagera d’Avignon à Rome jusqu'à ce que leur périple s’arrête brusquement à Athènes. Walter Faber ne contemplera désormais plus la lune de la même façon.

En choisissant de cacher Walter Faber derrière sa petite caméra amateure, Dindo nous fait découvrir son récit de l'optique du narrateur qui nous conte les événements avec ses propres mots. Privées de leur voix, les trois femmes prennent vie devant son objectif : un sourire, un geste, un regard… À un moment tout de même, un sanglot s’échappe, à un autre un éclat de rire brise brièvement, à notre soulagement, le silence imposé par ce dispositif inhabituel. L’impression qui en découle, celle d’un calc appliqué au roman pour sa transposition à l’écran est ainsi très forte ; nous voilà entraînés au cœur du roman de Frisch, les images du cinéaste illustrant les phrases du romancier et les complétant parfaitement. Après une introduction quasi lunaire, paroles et images, de neutres, factuelles à plus poétiques reflètent le parcours de Faber, agité d’émotions inconnues jusqu’à cette rencontre des plus improbables. Dindo aura su rester fidèle aux mots de Frisch, retraçant la métamorphose d’un homme frappé par le destin en un récit digne d’une tragédie grecque. L’effet peut être envoûtant, voire parfois déstabilisant. Dans tous les cas, une expérience cinématographique intense et saisissante.

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