Critique

It Follows

 
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La première image du film, une rue déserte dans un quartier résidentiel américain, résonne comme une évidente référence au Halloween de John Carpenter. Mais du Haddonfield de Big John au Detroit de David Robert Mitchell, il n'y a qu'un pas que ce dernier ne franchira jamais, le metteur en scène retournant comme un gant 1h40 durant tous les poncifs du genre (les ados, le sexe, l'insouciance, entre autres) pour y injecter un propos sur la mort avec une maestria qui force l'admiration.
Rarement frontal, le film contient pléthore de symboles qui, loin d'être poussifs ou lourdingues, participent avec une rare finesse à la réussite et à la portée émotionnelle de l'entreprise. Ici, c'est L'idiot de Dostoïevski qui est convoqué, portant mine de rien en son sein la sève même du film. Là, ce sont les habitudes des adolescents du film et les éléments même du décor qui sont porteurs de sens. A ce titre, les héros regardent de vieux films en noir et blanc sur des écrans cathodiques, ou vont voir Charade dans un vieux cinéma. Comme s'ils vivaient dans le passé. Autrement dit, comme s'ils étaient déjà morts. La mise en scène elle-même, d'une intelligence et d'une beauté absolues, est porteuse de sens. Ainsi, les multiples mouvements de caméras circulaires qui contribuent à la pulsation de It Follows sont tout sauf anodins et gratuits. Symbolisant le cycle, celui de la vie et de la mort, ils sont le signifiant d'un propos que le spectateur assimile par petites touches, pendant le film mais également  après la projection. Se refusant à donner clé en mains à son public le sens du long-métrage, David Robert Mitchell nous laisse ainsi faire notre propre travail d'interprétation avec les élements visuels et narratifs qui nous auront été donnés. Par les temps qui courent, cette profession de foi relève presque de l'anachronisme.
Mais It Follows, c'est aussi bien plus que cela. Car tout en développant son propos, le réalisateur parvient à créer une angoisse, un stress et une peur sourde qui irrigue l'intégralité du métrage. Cela faisait réellement bien longtemps qu'un film n'était pas parvenu à faire naître à ce point une peur de chaque instant. La réalisation de David Robert Mitchell nous oblige ainsi à scruter le moindre coin du cadre, le moindre mouvement suspect, la moindre silhouette s'avançant en arrière plan, pour nous scotcher à notre fauteuil et nous vriller l'échine. Le sound design et la musique du film, d'une efficacité et d'une intelligence absolues, se doivent également d'être soulignés tant ils constituent eux aussi des vecteurs émotionnels primordiaux.
It Follows laisse ainsi très loin derrière lui les autres oeuvres fantastiques sorties récemment sur les écrans. En respectant son spectateur, en développant un sujet fort et en maîtrisant sa mise en scène. Dit comme ça, cela n'a l'air de rien. Et pourtant, lorsque le générique de fin défile, on se rend compte que cela relève presque du miracle.

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