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Electroboy

 
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Si nous ne connaissons pas le personnage, ni son parcours, les premières images du film nous montrent un gars, la quarantaine, mince, maladroit dans ses gestes et sa façon de parler, mais en même temps totalement conscient de ce qu'il fait. Assis sur une chaise devant un fond décrépit, il nous raconte son histoire avec un désintérêt total. Il commence par son idée complètement naïve d'aller à Hollywood pour être une star, puis son accession fulgurante au monde très fermé des top models intérnationaux.

Les interviews parallèles de ses connaissances qui sont réalisées pour agrémenter son histoire nous interrogent: est-ce un docu-fiction ou simplement une fiction? Tellement on nage dans l'irréel par moment.

Puis, petit à petit, on fait connaissance du personnage et on remarque que oui, Florian Burkhardt existe bel et bien. C'est un génie touche à tout, souvent précurseur de beaucoup d'activités médiatiques ou sportives dans les années 90, qui se sont développées ou sont devenues choses courantes de nos jours: snowboard, pionnier de l’internet avec de très grandes entreprises en Suisse, organisateur à succès de soirées electro sous le label Electroboy, compositeur et interprète de musique électronique pour un label très connu. Tout ce parcours en une douzaine d'années, puis plus rien.

A l'âge de 32 ans, le jeune homme se retire de la vie publique. Il "disparait", rongé par des phobies et des crises d'angoisse. Puis, on le retrouve ici devant les caméras de Marcel Gisler pour raconter son histoire. L'homme vit seul avec son chien Hugo en Allemagne dans un petit appartement. Il touche une rente invalidité et "survit" grâce à un cocktail de médicaments violents prescrits par son médecin. Il sort très peu de chez lui mais garde contact avec l'extérieur grâce à internet.

Après la présentation du personnage, le réalisateur a voulu aller plus loin dans la recherche de l'origine des maux de Florian en interviewant ses proches, ses parents, son frère. Dans une deuxième partie qui fait penser à un reality show psychologique, on passe du rire aux larmes en découvrant la jeunesse de l'electroboy. L'équipe de tournage suit les dernières "histoires" familiales en date mais tout ceci avec respect, transparence et sans voyeurisme.

Electroboy est un film intense sur ce gars exceptionnel qui, à l’apparition de l’internet, semble avoir été débordé et dépassé par les visions et  les idées qui foisonnaient dans son esprit. Une œuvre sincère,  émouvante et  chaleureuse sans artifices extrêmes qui, nous l'espérons, fera chemin sur les écrans de Suisse et d'ailleurs.

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