Critique

A Most Violent Year

 
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Qu'il est bon de voir un film qui prend son temps. Le temps de poser ses personnages, le temps d'établir des enjeux, en un mot, le temps de vivre. A une époque où la grande majorité des films reste obsédée par l'accumulation de cliffhangers ou de scènes d'action dénuées d'implication, A Most Violent Year fait presque figure d'ovni. En racontant l'histoire d'un immigré qui souhaite asseoir sa puissance dans le milieu du fuel domestique en tentant de rester dans le droit chemin, le réalisateur J.C. Chandor dépeint l'envers du décor de l'american way of life, en ancrant son récit durant l'année 1981, la plus violente qu'ait connue New York.

Des scènes d'action, il y en aura très peu dans le film. Car A Most Violent year n'est pas un film d'action, mais un long-métrage qui s'intéresse à la frontière friable qui sépare le légal de l'illégal, et aux implications morales et personnelles que le passage de l'un à l'autre suppose pour ses personnages. Fermement déterminé à rester dans le droit chemin, le personnage principal, formidablement campé par Oscar Isaac, prendra peu à peu conscience que la puissance et le pouvoir se gagnent plus sûrement en devenant un hors-la-loi. Et dans ce registre, Jessica Chastain, véritable Lady Macbeth qui irradie l'écran et mène son mari par le bout du nez, trouve ici le meilleur rôle de sa carrière.

Noyé sous la neige, celle qui cache, qui dissimule, le film de Chandor se rapproche du cinéma de James Gray, même s'il n'en atteint pas la beauté. La démarche du réalisateur participe ainsi de la même propension à prendre le temps de sa besogne, à installer un climat, ou encore à confronter ses personnages au poids de la famille.

L'issue du film, terriblement réaliste, achève de nous présenter un monde dans lequel même le plus vertueux des hommes peut se faire prendre au piège. Celui de ses proches? Celui de la société qui l'entoure? Pire que ça. Celui contre lequel il serait presque vain de lutter: sa propre nature. Car comme le disait le personnage d'Octave dans La Règle du jeu de Jean Renoir: «Le plus terrible en ce monde, c'est que chacun a ses raisons.»

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