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Les Nouveaux Sauvages

 
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Histoires sauvages: voilà quel devrait être le titre français du film de Damián Szifrón si la traduction littérale était respectée. Et il s'agit bien de cela, car il nous propose six récits sauvages dans son sens le plus primaire, ayant pour thème la vengeance.

Le premier se déroule dans un avion, où tous les passagers découvrent qu'ils connaissent le pilote. Le deuxième confronte une jeune femme au vil personnage qui a poussé une de ses connaissances au suicide. Le troisième relate l'horreur que provoque ce qui n'aurait dû être qu'une banale incivilité routière. Dans le quatrième, on assiste au ras le bol d'un fonctionnaire, ne supportant plus les élucubrations administratives vouées à faire passer les citoyens à la caisse. Le cinquième prouve que l'argent et la notoriété qui peut en découler ne sont pas suffisants à racheter les erreurs commises. Et le sixième expose le fiasco d'un mariage, à cause d'un adultère.

Dans les six cas, sans les excuser, les pétées de plomb monumentales sont compréhensives et les protagonistes qui en sont responsables tendent un miroir implacable aux spectateurs en leur permettant de jouir d'actes qui ont traversé l'esprit de chacune et chacun, au moins une fois dans sa vie. A défaut d'être un saint, qui n'a jamais éprouvé des envies de meurtres violents envers la personne qui fait trainer la file d'attente à la poste, en racontant sa vie insignifiante au guichetier, ou à cet énergumène qui laisse passer trois fois le feu au rouge avant de se décider à démarrer? Les exemples de casse-pieds égoïstes qui pullulent sur cette planète ne manquent pas. Les Nouveaux Sauvages nous permet de le faire par procuration et il faut bien l'avouer, cela fait un bien fou.

Damián Szifrón signe un fleuron d'humour noir qui devient rare de nos jours car le politiquement correct aseptisé et prêchi-prêcha a malheureusement tendance à régner en maître. Cependant, il fait attention à ne pas sombrer dans la pire grossièreté bête et méchante en faisant preuve, non seulement d'un talent d'humoriste hors paire, mais aussi d'une impertinence salvatrice. Son film est un remède à la prise-de-tête qui brime l'esprit, en prônant le compromis mou, face à des comportements qu'il vaut mieux régler de manière expéditive, tant leurs auteurs se croient inattaquables et dans leur bon droit, autrement dit, intransigeants et sûrs de leur légitimité, alors qu'ils sont obtus, fermés aux dialogues et aux compromis. C'est surtout ce qu'il ressort du quatrième sketch dans lequel un démineur se fâche contre une administration arrogante et imperméable.

Les six histoires de ces Nouveaux Sauvages mettent en scène des personnes blessées, de courte ou longue date, qui n'acceptent plus que l'on ne prenne pas compte d'eux et de leurs sentiments, et décident de passer à l'acte. Damián Szifrón n'en fait pas pour autant des héros, mais des êtres meurtris et en perte de contrôle que l'on pousse à commettre l'irréparable. Et s'il fallait trouver un adage à son film, on dirait qu'il vaut mieux parfois réfléchir aux conséquences que peuvent provoquer la moquerie et l'humiliation jugées, à mal escient, anodines ou légères, faisant ressortir chez l'humain ses instincts les plus bestiaux de défense ultime face à la provocation la plus gratuite.

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