Critique

Wild

 
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Jean-Marc Vallée offre des rôles puissants à ces comédiens et, après Matthew McConaughey dans l'excellent Dallas Buyers Club qui lui valu un Oscar l'année denière, c'est au tour de Reese Witherspoon de pouvoir briller et faire éclater son talent dans ce Wild âpre et sincère. Elle incarne Cheryl Strayed qui a vécu cette aventure hors norme et l'a consignée dans un livre dont le film est l'adaptation.

Le long métrage commence comme une comédie. On découvre une jeune femme d'apparence tout à fait anodine entrer dans un motel des plus standard quelque part au sud des Etats-Unis, non loin de la frontière mexicaine, pour y passer la nuit. Elle a pour seul compagnon un sac à dos d'une taille démesuré et tellement rempli qu'il devient une épreuve à endosser. Après une lutte acharnée, Cheryl parvient à le dompter et se lance sur un chemin mythique qui traverse la côte ouest du pays. A ce moment-là, on se dit que Cheryl est peut-être une de ces citadines trentenaires en mal de sensations fortes, ou à la recherche d'une expérience d'un quelconque développement personnel.

On ne sait rien d'elle au début et, la voir effrayée dans sa tente qu'elle a eu un mal de chien à installer au moindre bruit naturel, on penche de plus en plus vers cette approche. Mais on découvre petit à petit, par des flashes-back astucieusement amenés grâce aux musiques que Cheryl entend au cours de son périple, le pourquoi de cette démarche qui paraît à la limite suicidaire, sans préparation. Et Jean-Marc Vallée a du goût en matière musicale. A notre plus grand plaisir, on peut se régaler de titres signés Leonard Cohen, The Shangri-las, Pat Metheny Group, Billy Swan, Free, Portishead, Bruce Springsteen et Simon & Garfunkel. Ce sont ces chansons entendues par Cheryl dans la voiture qui la prend en auto-stop, dans les relais qui émaillent sa route, ou chez un paysan qui l'héberge, qui la plonge dans des souvenirs tantôt heureux, mais souvent douloureux et désagréables, où se croise sa mère (sublime Laura Dern), son frère, ses amis et ses amants.

Ces pensées, hantant durablement Cheryl, servent de fil rouge aux spectateurs pour les sensibiliser à la décision de l'héroïne. Et là on se rend compte que cette idée complètement folle n'est pas le fait d'une excentrique en mal d'aventure, mais bien le moyen de faire le point sur ce qui l'a amenée à s'écorcher les pieds dans des chaussures de marche inadaptées à cette véritable odyssée. Et il y a bien sûr toutes les rencontres qui croisent le chemin de Cheryl et là encore, Vallée réussit, non sans les ignorer puisqu'ils existent, à passer par dessus les clichés chers à ce genre de récits de voyage inhabituel, en faisant cheminer son film sur une fine lame de rasoir sans ne jamais le laisser sombrer dans le pathos ou la facilité. La scène avec les chasseurs en est le plus bel exemple, puisqu'elle joue sur un faux suspense parfaitement maîtrisé.

Wild est une oeuvre respirant la sincérité et l'humanité sans ne jamais chercher un prosélytisme populiste malheureusement trop souvent présent dans ce genre de trip existentiel et sportif. On en sort heureux d'avoir pu rencontrer un personnage attachant qui a le recul nécessaire sur son parcours pour ne pas se présenter au public comme une espèce de gourou de pacotille. Ici la nature est sauvage et non cet objet de culte ridicule qui la rend parfois nunuche et fleur bleue entre les mains de quelques hippies sur le retour, pieds nus dans leurs sandales.

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