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Exodus: Gods and Kings

 
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Contrairement à Noah de Darren Aronovski qui se vautrait dans la légende et le surréalisme de pacotille, Exodus: Gods and Kings de Ridley Scott joue pertinemment la carte du réalisme. A moins d'être sur une autre planète et de ne s'intéresser qu'à son misérable petit nombril, on connaît parfaitement ce passage biblique qui conte l'exode du peuple hébreux fuyant l'esclavagisme de l'Egypte, et le film évite heureusement le passage où Moïse est placé dans un berceau et recueilli par une dignitaire égyptienne qui l'élèvera comme son propre fils.

Exodus: Gods And Kings commence quand Moïse adulte vit dans les hautes sphères du pouvoir égyptien aux côtés de son "frère" Ramsès qui deviendra par la suite son ennemi juré. Il apprend petit à petit ses origines hébraïques et va subir une révélation qui lui sera faite par Dieu en personne.

Et là le film innove en matérialisant l'être suprême sous la forme d'un innocent garçonnet de dix ans, soit la naïveté même, et non un vieux sage barbu ou une voix caverneuse d'outre-tombe. Cette trouvaille tient du génie et prouve bel et bien que toute religion ou croyance n'est l'apanage que d'une masse incapable de faire face à ses problèmes en s'inventant, avec toute l'immaturité que cela comporte, un créateur pour se dédouaner de sa situation d'être humain fait de chair et de sang, n'étant que de passage sur la planète.

Vient ensuite l'épisode dit des Sept Plaies d'Egypte et là encore, le long métrage de Ridley Scott se détache des habituels clichés éculés en les faisant s'enchaîner dans une suite implacable de malheurs qui se répondent astucieusement les uns aux autres, matérialisés par des effets visuels remarquables loin de toute l'emphase chère au genre. Ce chantage divin («Laisse partir les miens afin qu'ils puissent vivre libres ou j'abats sur ton peuple les pires calamités.») engendre une réaction violente de la part de Ramsès qui se met à pendre à tour de bras ses guérisseurs et autres gourous incapables de contrecarrer ces cataclysmes.

Partiellement vaincu, le pharaon, ne peut que constater la fuite de ses esclaves. Mais, meurtri dans son amour propre et craignant pour l'économie de sa nation (sans eux qui va construire les monuments démesurés qui font sa gloire), il se met à leur poursuite. Et l'on atteint dès lors la pièce maîtresse de l'oeuvre, le fameux passage de la Mer Rouge, mais on n'en dira rien ici pour laisser la surprise aux spectateurs d'une nouvelle excellente trouvaille, classant définitivement le film dans un registre qui le fait sortir de l'imagerie traditionnelle.

Ridley Scott prouve une nouvelle fois qu'il maîtrise le film historique ou de science-fiction et ici il a l'opportunité d'allier les deux et ne s'en prive pas, réalisant une oeuvre pharaonique qu'il dédie judicieusement à son frère Tony qui a décidé de quitter ce monde.

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