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La French

 
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Vu le marasme dans lequel a sombré le cinéma populaire cette année, toutes nationalités confondues, on désespérait de voir débouler sur les toiles un film digne: c'est chose faite avec ce très bon polar français de Cédric Jimenez qui rappelle les heures de gloire d'Alain Corneau ou d'Henri Verneuil pour ne citer que ces deux-là.

Se basant sur la lutte sans merci du juge Pierre Michel contre le baron de la drogue marseillais Gaëtan Zampa, La French s'attarde sur la personnalité de ces deux personnages hauts en couleur qui ont comme point commun de chérir fidèlement la famille qu'ils ont chacun conçue. Le long métrage dose parfaitement les scènes dites d'action avec ce qu'il faut de poursuites et autres fusillades, et l'intimité mise à mal des deux protagoniste, les rendant ainsi plus humains, évitant astucieusement de n'en faire que des héros idéalisés.

Jimenez a eu l'excellente idée de confier cette tâche à deux acteurs populaires, connus jusqu'à maintenant pour faire rire la galerie avec le succès que l'on connaît, qui prouvent ici toute l'étendu de leur talent respectif. Gilles Lellouche est impeccable en mafieux arrogant, violent, égocentrique et sûr de lui, n'accordant que très rarement sa confiance aux autres. Il est parfaitement inquiétant et l'on n'aimerait vraiment pas le croiser au coin d'une rue. Dans le rôle du Juge Michel, Jean Dujardin excelle toute en finesse, donnant à son personnage toute la fragilité qui lui convient. Il est déterminé, sévère et autoritaire, mais ne se laisse pas corrompre de l'idéal de son objectif: il est ce que l'on appelle un juste, un vrai, consacrant son temps et son énergie à la lutte contre le trafique de drogue qui pourrit sa ville et sa jeunesse, en dépit du danger qui plane sur lui et les siens.

La French fait la part belle aussi au seconds couteaux comme Céline Sallette, Mélanie Doutey ou Benoît Magimel qui ont de vrais rôles à défendre et non juste des faire-valoir comme il trop souvent le cas dans ce genre de production. Et il y a Marseille qui, plus qu'un simple décors, devient un personnage à part entière. Cédric Jimenez filme sa ville sans ne jamais chercher à la sacraliser, nous montrant par là, autant sa beauté que ces aspects les plus sordides. Optant pour une caméra mobile mais pas épileptique, le cinéaste traque ses protagonistes au plus près, leur laissant une grande liberté d'action et le résultat est plus que probant.

Si vous avez envie de passer un bon moment avec un scénario haletant, des hommes et des femmes réels, des situations fortes, ne vous en privez surtout pas car, dans un monde gangréné par la mièvrerie qui résume actuellement l'amour à une équation mathématique en ne titillant que l'immaturité de ses clients pris en otages par la fameuse émotion facile et commerciale, cela devient trop rare pour passer à côté.

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