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Les Héritiers

 
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Reprise des cours au lycée Léon Blum de Créteil. Mme Guéguen se voit hériter d'une classe de chahuteurs qui, à coup de punitions et d'expulsions, va vite se bâtir une solide mais triste réputation au sein de l'école. Après une courte absence, l'enseignante revient en classe forte d'une idée qui les pousserait à se dépasser: elle leur propose de participer à un concours national organisé chaque année pour rendre hommage aux victimes de la Shoah.

L'histoire est adaptée d'un fait réel sur une idée d'un ancien élève de cette même classe (Ahmed Dramé, qui a contribué à l'écriture du scénario et a endossé son propre rôle devant la caméra). Les premières scènes donnent le ton : l'insistance sur la laïcité dans l'éducation, le multiculturalisme du lieu, la violence intra et extra-muros. La classe de Mme Guéguen est un exemple extrême des tensions interculturelles et interreligieuses qui sont palpables au sein du lycée. Les nerfs à bout, la plupart des professeurs sont dépassés, à l'image de cette remplaçante qui, après cinq minutes, se fait dévorer, telle une proie dont on a patiemment attendu un signe de faiblesse. Tourné avec des amateurs et quelques professionnels, le sentiment d'un travail où l'improvisation a une part importante, est très fort. A la manière de Entre les murs (Laurent Cantet), la caméra vrille et passe d'un visage à l'autre, dévoilant furtivement quelques élans d'une énergie (ou d'une colère) toujours latente, prête à exploser en un fracas ingérable. À travers l'expérience vécue par ces adolescents et la transformation qui s'en suit, le film tient, inévitablement, le rôle de piqûre de rappel sur une page noire de l'Histoire. Bien plus, on déterre sous cette première lecture un message positif sur une jeunesse qui ne demande qu'à ce qu'on lui fasse confiance et à prendre des responsabilités. En comprenant la nécessité du témoignage et le pouvoir de la mémoire, c'est leur manière d'interagir en groupe qui va être analysée. La route vers une prise de conscience de leur rôle de passeurs va être longue et sillonnée de doutes et de questionnements.

Force est de constater que, cinématographiquement assez fade, Les héritiers montre des signes de paresse, toute la puissance du discours, bien que noble et sincère, n'étant pas suffisante pour créer une œuvre forte et marquante. Certes, les dangers de la caricature ont été écartés et l'émotion, si l'on évoque la scène du témoignage de Léon Zyguel, ancien déporté, est peut-être réelle. Mais la réalisatrice s'attarde un peu trop sur les larmes glissant sur les visages pubères. Ariane Ascaride, parfaite en enseignante enthousiaste, charismatique et pétillante, ne réussit pas à elle seule à déloger le film du mélange poisseux de larmoiements et de bons sentiments dans lequel il s'est enlisé. L'objectif honorable qui se cache derrière cette incroyable expérience n'est au final que partiellement atteint.

Fiche pédagogique E-media

 

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