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Astérix - Le Domaine des Dieux

 
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Louis Clichy et Alexandre Astier adaptent brillamment l'un des meilleurs albums des aventures du petit Gaulois en respectant l'oeuvre originale, tout en apportant une touche de fraicheur du meilleur alois.

La série imaginée par Uderzo et Gosciny comporte deux tendances: les pérégrinations des protagonistes à l'étranger qui permettent aux lecteurs de voyager, et les faits se déroulant dans le village d'irréductibles qui résiste à l'envahisseur romain. Le Domaine des Dieux appartient à la seconde catégorie et nos braves guerriers se retrouvent confrontés à une invasion plus sournoise que guerrière. C'est une des rare fois où ils sont à deux doigts de céder aux sirènes de l'Empire de Jules César. Comme le dit si bien Astier: «Quand tout va bien, il n'y a pas d'histoire.» Dans cet épisode, où se sont des civiles et non des légions de soldats qui prennent leurs quartiers aux abords du village, Astérix et ses compagnons font face à une situation inédite qui les déstabilise et les désunit. Le nerf de la guerre devient l'argent, parvenant à créer des camps pro et anti Romains au sein même de la communauté, risquant ainsi de briser la cohésion, arme ultime face à l'envahisseur 

Dix-septième album des aventures d'Astérix, datant de 1971, Le Domaine des Dieux est intemporel et d'une actualité toujours brûlante, répondant à l'adage: diviser pour mieux régner. Constatant que la force pure ne viendra jamais à bout de la résistance du village d'Armorique, César se sert de citoyens normaux pour parvenir à ses fins, en faisant d'eux des colonisateurs à priori pacifiques. Ce plan sournois fonctionne à merveille, mettant à mal l'harmonie du village. Pour se sortir de ce mauvais pas, nos braves gaulois ne peuvent pas recourir à la force et doivent faire preuve d'ingéniosité.

Alexandre Astier aiment raconter des histoires dans lesquelles ses personnages ne parviennent pas à s'entendre et il trouve avec ce matériau un terreau fertile qui illustre une nouvelles fois ses préoccupations artistiques. On trouve une ressemblance flagrante entre son Arthur de Kaamelott et Astérix. Ils incarnent tous deux l'intelligence, la rigueur et la cohérence dans un monde qui sombre dans la bêtise, en se laissant avoir par toutes sortes d'artifices. Ici, Astérix est le seul du village à ne pas céder à la cupidité, la jalousie et la vanité qui torpillent ses semblables. Il devra faire preuve de toute sa malice pour venir à bout de ce fléau.

Le film de Louis Clichy et Alexandre Astier bénéficie d'une mise en scène efficace avec ce qu'il faut de bagarres, où les Romains volent en l'air, de même que les poissons douteusement frais de l'étal d'Ordralfabétix, et de bons mots qui font mouches à chaque fois. Il est question de lutte des classes à travers la communauté d'esclaves qui sont "chargés" de déboiser la forêt afin d'accueillir le fameux Domaine des Dieux et de l'égoïsme qui s'empare du village, où chacun cherche à se faire valoriser auprès de leurs nouveaux voisins. On rit beaucoup grâce à un casting de voix aux petits oignons avec en tête de liste, Roger Carel qui incarne Astérix depuis les premiers dessins animés du petit Gaulois au casque ailé. En musicien aguerri, Astier insufle un rythme parfait au long métrage, à coups de répliques cinglantes et de situations pertinentes admirablement exposées, faisant de cette réussite l'une des meilleures adaptations de l'univers d'Uderzo et Gosciny.

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