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Dark Star - L'univers de HR Giger

 
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(Ce texte est repris, avec quelques modifications, de notre reportage sur le Festival de Zürich, où a eu lieu la première mondiale du film)

C'était sans doute l'un des films les plus attendus du Zurich Film Festival, comme en témoigne le fait que la première séance publique, à laquelle nous étions présents, était complète. Une belle réussite pour la compétition Focus, consacrée à l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse, qui a dévoilé en première mondiale le documentaire Dark Star - HR Gigers Welt, réalisé par Belinda Sallin.

Tourné pendant les derniers mois de vie de l'artiste, décédé le 12 mai dernier, le film est le portrait d'un génie tourmenté, jubilatoire mais sans pour autant éviter les passages les plus sombres de la vie de Giger, visiblement ému lorsqu'il évoque le suicide d'une ancienne compagne. De plus, quand il mentionne, de manière tristement prophétique, son propre décès, vers la fin du film, il dit: «Je ne pense pas qu'il y a quelque chose après la mort, une autre vie. Cela ne me plairait pas.»  Ailleurs, on le voit tout content quand il construit sa propre attraction d'épouvante dans son jardin, ou quand il signe des autographes au Musée Giger à Gruyères, ou encore quand il participe à une exposition de ses oeuvres en Autriche. Mais le passage le plus emblématique pour les cinéphiles est certainement l'extrait du tournage d'Alien, qui valut à Giger un Oscar. Non seulement on a droit aux louanges de la part de Ridley Scott, mais on entend aussi la joie de l'artiste grison lorsqu'il explique qu'il a dû modifier certains éléments visuels pour les rendre moins obscènes, suite à la demande des producteurs. Or, selon lui, le résultat final est bien plus obscène que le dessin original!

Vision émouvante et drôle, non sans un sens de l'humour que Giger lui-même aurait apprécié (la première séquence est construite comme si on était dans un film d'horreur), la projection a été suivie par une session de questions et réponses avec la réalisatrice et le producteur, en allemand seulement (ce qui a dérangé un petit peu les spectateurs venus de l'étranger). Une occasion pour rendre encore hommage à un homme visionnaire qui, hélas, est resté sous-estimé pendant une longue période de sa vie. Même absent, Giger était, d'une certaine manière, dans la salle, avec ses visions cauchemardesques et son fort accent suisse-allemand. Au revoir, Maître.

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