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Une nouvelle amie

 
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François Ozon montre dès son sublime générique, qui mêle mariage et enterrement, que son nouveau film traite de la dualité et il y parvient de manière brillante à travers un thriller hitchcockien pétri d'humour et de tendresse.

Faire une critique d'Une nouvelle amie, n'est pas chose aisée, car il est très délicat de ne rien en dévoiler. Ozon réussit un film sur la dualité et la confusion, en nous contant comment une femme et le mari de sa meilleure amie, qui décède dans les dix premières minutes, vont vivre leur deuil par un secret, se voulant d'abord une sorte de jeu exutoire, mais virant gentiment vers la perte de leurs repères passés, aussi bien sentimentaux que sexuels. Cette situation, qui prête à sourire autant aux spectateurs qu'aux protagonistes, va vite devenir dangereuse pour l'un et l'autre.

Dans le rôle du mari endeuillé, Romain Duris compose l'un de ses meilleurs personnages. Il est incroyable de justesse, ne cherchant jamais la caricature qui aurait pu être une facilité dans laquelle, ni lui, ni son réalisateur ne tombent. Dans le rôle de la meilleure amie, Anaïs Demoustier est au diapason de son collègue, elle offre à Claire toute la confusion nécessaire à son personnage, qui se laisse entraîner au bout du fantasme devenu réalité. Elle est naturellement resplendissante. Et n'oublions pas Raphaël Personnaz qui a la lourde de tâche d'être l'élément qui se doit d'impliquer le spectateur. Il incarne le mari de Claire qui reste en dehors de la confidence. Il est donc régulièrement à côté de la plaque et bénéficie de savoureuses répliques, souvent à double sens.

Une nouvelle amie est ce que l'on peut appeler un divertissement de haute volée qui, dans un mélange de genres, tenant autant de la comédie que du drame et même du thriller, parvient à aborder des thèmes essentiels sur la nature humaine, tellement complexe par sa créativité et son goût du risque. La musique, la photographie et le montage rappellent par touches subtiles le cinéma d'Alfred Hitchcock, grâce à une garde-robe impressionnante et des couleurs minutieusement étudiées pour différencier fantasme et réalité, voire les deux en même temps. François Ozon prouve admirablement une nouvelle fois qu'il est l'un des cinéastes les plus intéressants de l'Héxagone.

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