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Bande de filles

 
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Ce qui frappe dès les premières images de Bande de filles, c'est la rigueur de la mise en scène et l'attention apportée au cadre. Dans un superbe cinémascope, nous assistons au début du film à un match de football américain entre deux équipes féminines. On comprend d'emblée que malgré la rudesse du sujet, la réalisation de Céline Sciamma (Tomboy) tendra vers la beauté et l'exaltation. Riche et pertinente idée car, comme le faisait remarquer Patrice Leconte à l'époque de son magnifique Dogora, pourquoi ne pourrait-on faire de belles images avec des sujets dramatiques ? Tout Bande de filles sera donc frappé du sceau de l'esthétique, non pas gratuit, mais au contraire toujours vecteur des sentiments et de l'état intérieur des personnages (voir pour s'en convaincre le sublime plan final).

Tout au long du film, on comprend que le propos de la réalisatrice est double, le traitement de l'un étant malheureusement bien en-dessous du déroulement de l'autre. Tout d'abord, c'est à la condition d'une jeune femme des cités que s'intéresse Céline Sciamma, entre cellule familiale violente, perspectives scolaires bouchées, machisme ambiant, et agressions verbales. La vie dans la cité, c'est dur, la condition d'une fille, tragique, le parcours personnel, difficile. Mouais. Rien de neuf à l'horizon, les portes ouvertes étant allègrement enfoncées 1h50 de façon caricaturale. Certes, le cinéma brasse toujours les mêmes sujets, mais la manière de les exprimer se doit d'être renouvelée. Sur ce plan précis, Sciamma échoue.

En revanche, le second propos développé par la réalisatrice (en substance, l'individu est-il soluble dans le groupe), marque la grande réussite du film. Passant d'un groupe à un autre, d'une entité à une autre, en clair, en intégrant différentes collectivités, l'héroïne du film (parfaite Karidja Touré) tâchera de se construire sa propre personnalité, sa propre individualité, achevant cependant son parcours aussi désarmée qu'elle ne l'avait commencé. Car ce que souligne la réalisatrice, c'est que bien que l'Homme ne soit pas fait pour vivre seul, il n'est relié qu'à lui-même. Propos pessimiste s'il en est, les réguliers fondus au noir ponctuant le film se faisant l'écho de la solitude sous-jacente qui finira pas embrasser le long-métrage dans son entier.

Du pessimisme au renoncement, il n'y a qu'un pas. Céline Sciamma le franchira-t-elle ? Impossible de spoiler la réponse ici. Simplement dire que cette réponse se trouve contenue dans la dernière seconde du film, magnifique plan totalement inattendu et que l'on n'est pas près d'oublier.

 

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