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Les âmes noires

 
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«Trop dangereux, trop mafieux, trop tout»: voilà ce qu’a affirmé Francesco Muni lors de la conférence de presse vénitienne à la Mostra 2014. Cela a été une tache ardue pour le réalisateur (Saimir, il resto della notte) de passer derrière la caméra pour tourner dans les rues et dans les maisons d’Africo (ndlr. une commune italienne de la province de Reggio de Calabre dans la région Calabre, au Sud de la péninsule) Anime nere, son dernier film qui, avant de prendre forme, était devenu une obsession, selon les aveux du cinéaste: «Je me débattais avec un autre projet, mais je suis tombé sur le livre de GIoaccino Criaco et je fus frappé par la façon dont il traitait un sujet que je ne connaissais que par les journaux, sa description de la 'Ndrangheta en gros plan, à travers les yeux de trois jeunes gars d’Aspromonte.» Et le cinéaste romain de préciser: «Africo nuovo, avec Plati et San Luca, forme une sorte de triangle des Bermudes de la criminalité». Le film, présenté à la 71ème édition du Festival de Venise en compétition et puis au Festival de Toronto, dans la section Contemporary World Cinema, est l’aboutissement d’un édile cinématographique houleux: «Après avoir fini le livre, je suis allé avec l'idée de repérer des emplacements pour le tournage. Je fus confronté à la méfiance des gens, je réalisais que je ne pouvais pas le faire tout seul.»

C’est donc l'auteur du livre qui lui est vue en aide: «Nous sommes rentrés ensemble. Il m'a aidé dans mon expérience en tant que documentariste, je compris que je ne pouvais pas faire ce film sur les autochtones sans eux, mais avec eux.» Cela a été un long processus, près de trois ans. «Je voulais faire participer les habitants  et les mélanger à mes acteurs». Après la méfiance initiale, est survenue une période de neutralité, durant laquelle est né le désir d'être là et de travailler ensemble. «Nous avons rempli le film du dialecte d’Africo. Ce choix sémantique engendre une identification identitaire et régionale et suscite  authenticité et véracité.»

A travers trois frères, héritiers d'une famille du crime qui sont passés sans soucis apparents des chèvres au trafic de cocaïne. Luigi, Luciano et Rocco (Marco Leonardi, Peppino Mazzotta, Fabrizio Ferracane, tous très crédibles dans leur rôle) le film s’ouvre sur les affaires du benjamin à Milan et de l’aîné en Amérique du Sud; les deux hommes semblent maintenant avoir peu en commun avec leurs grands-parents et oncles.

La magnifique photographie met en valeur un paysage calabrais dominé par la montagne majestueuse, lieu archaïque empli de mystères. «Il y avait une sorte de mutation génétique de la Calabre» reflète l’auteur Gioacchino Criaco. «Corrado Alvaro racontait une humanité douloureuse quand les bergers dormaient dans des huttes de pierre et de paille. Quant à moi, je parle de gens qui sont convaincus d'être en mesure de construire leur propre destin. Ils le font dans le mauvais sens, comme une revanche par laquelle les défenseurs deviennent attaquants.»

Si, par bien des égards, le film semble caricatural, il a le mérite de rappeler l'omerta qui règne autour de la maffia en Calabre, une réalité qui ne se limite malheureusement pas  cette région. Mais le trait est forcé tout au long du film, finissant par susciter un rire nerveux plutôt que l’empathie ou de l’intérêt pour ces protagonistes. La caricature atteint son apogée lors de la catharsis finale alors que l’épouse nordiste (Barbora Bobulova) de l'un des frères,assiste à l’assassinat de son mari. Ce film insiste sur la persistance vivace des dettes interclaniques et de la vendetta, ce qui est méritoire mais, à force d’insister et de grossir le trait, l’intention sans doute louable de Munzi, manque sa cible.

 

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