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Party Girl

 
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Caméra d'Or du dernier Festival de Cannes, Party Girl invite le spectateur dans une région d'Alsace limitrophe de l'Allemagne. C'est une zone industrielle peuplée d'ouvriers de la classe très moyenne dans laquelle se situe un cabaret faisant office de quasiment seule distraction du coin, sorte d'oasis pour oublier, le temps d'une soirée, d'une nuit, son quotidien laborieux. C'est l'endroit de prédilection d'Angélique qui, à soixante ans, vit avec son passé de danseuse de cabaret en ayant de la peine à abandonner son existence de fêtarde et se complaît dans son indépendance. Elle gagne toujours sa vie en faisant boire des messieurs dans cet établissement. Quand l'un de ses fidèles clients, Michel, un homme simple et affable lui propose de l'épouser, elle accepte, mais n'y montre pas grand enthousiasme, car une party girl ne se case pas si facilement. Angélique refuse la routine du couple et le changement qui l'accompagne inévitablement, préférant faire la fête jusqu'à jusqu'à tard dans la nuit: pire, elle a un sérieux penchant pour l'alcool qu'elle a pourtant mauvais, devenant vite irascible et peu fréquentable.

Film de moeurs par excellence, Party Girl dépeint un univers social et les gens qui le peuplent sans aucun jugement, faisant le constat d'une frange de la société actuelle. Le film de Marie Amachoukeli-Barsacq, Claire Burger et Samuel Theis s'inspire de la vie de la mère de Samuel, Angélique Litzenburger. Elle et tous les membres de sa famille tiennent leurs propres rôles à l'écran et sont entourés de comédiens professionnels. Quand Samuel Theis (que l'on a vu dans La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier) avoue à ses frères et soeurs qu'il faut encourager leur mère dans sa démarche de mariage, sinon ce sera à eux de se la «cogner», on sent le vécu, car, il faut bien le dire, ce personnage charismatique d'Angélique n'est pas facile à vivre.

Le long métrage met le doigt sur le besoin quasiment maladif d'indépendance qui finit par sombrer dans l'égoïsme le plus malsain, pour ne pas dire l'égocentrisme le moins défendable. Angélique a eu quatre enfants dont une fille à l'âge de quarante-quatre ans qu'elle n'a pas pris la peine d'élever. Son futur mariage est donc l'occasion de tous les réunir pour faire la fête et faire croire aux invités qu'ils ont affaire, malgré tout à une famille soudée. Les messages d'amour pendant la noce deviennent dès lors artificiels, faussement sincères et finissent par se transformer en pures conventions. Et c'est Michel qui fera les frais de cette lamentable tentative d'Angélique d'essayer de se caser, dans une scène de nuit de noce particulièrement atroce. Certes la party girl du titre reste fidèle à ses principes, mais elle prouve par là qu'elle n'est pas équipée pour aimer qui que ce soit, à part elle-même et son mode de vie égoïste qui n'accordent aucune place aux autres.

Loin de tout amateurisme, l'authenticité brute de ce film qui refuse judicieusement tout sentimentalisme déplacé et rappelle l'oeuvre de Zola, force le respect et atteint le spectateur de plein fouet.

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