Critique

Sils Maria

 
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Dans son nouveau film, Olivier Assayas sonde les affres de la création artistique en contant le parcours d'une actrice, qui s'est fait connaître dans le rôle d'une jeune femme, séduisant et harcelant sa supérieure plus âgée qu'elle, et qui, à un âge mûr, se soit confier d'incarner cette fois-ci le personnage harcelé. Le cinéaste l'enferme dans une maison des Grisons avec son assistante personnelle. Ensemble, elles répètent cette pièce, alors que dehors, le phénomène météorologique à nulle autre pareil nommé Le Serpent de la Maloja les plongent dans un univers proche du fantastique.

Olivier Assayas réunit Juliette Binoche dans le rôle de la comédienne à succès et Kristen Stewart dans celui de l'assistante. Toutes deux livrent une performance remarquable. Binoche incarne une actrice qui doute que cela soit une bonne idée de reprendre la pièce qui la rendue célèbre, même si elle interprète l'autre personnage, avec lequel elle a très peu d'affinité. Stewart, elle, matérialise ce métier de l'ombre qu'exercent les assistantes personnelles de vedettes. On la voit s'occuper de tout pour que le confort de sa patronne soit optimal: elle est autant sa secrétaire, sa bonne à tout faire que sa répétitrice ou encore sa confidente. La star de la sage Twilight prouve une fois pour toute qu'elle veut se défaire de l'image que ces films ineptes ont fait d'elle: elle est d'une justesse quasiment chirurgicale dans ce personnage, à la fois humain, mais au final très mystérieux.

Le cinéaste français n'a pas choisi au hasard de situer une grande partie de son film dans Les Grisons au pied du col de la Maloja. Cette région est le théâtre d'un phénomène météorologique unique au monde, Le Serpent de la Maloja, qui voit tout une vallée se faire engloutir par une masse impressionnante de nuages denses de manière très rapide et singulière. En le filmant et en le montrant, Assayas ne se contente pas bêtement de faire sortir le spectateur de la tension du huis-clos qui s'empare de la maison, par de belles images de paysages, il trouve là une allégorie au temps qui passe et affecte le personnage de Binoche, et au succès qui peut aussi vite disparaître qu'il n'est apparu. Son long métrage est parsemé de longue scènes dialoguées dont la puissance renvoie au processus même de la création artistique, qui peut osciller entre la futilité la plus extrême et la douleur la plus intense.

Assayas se permet aussi grâce au personnage de Chloë Grace Moretz, non pas de comparer, mais de faire s'affronter l'univers artistique et le divertissement commercial qui sont devenus les frères, parfois amis, mais souvent ennemis de l'industrie du dit divertissement. La mise en abîme est d'une rare pertinence.

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