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La Planète des singes : L'affrontement

 
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Fuyant l'humanité en se réfugiant dans les forêts surplombant San Francisco, de l'autre côté du Golden Gate Bridge, les singes mutants dotés d'une intelligence proche de celle de l'homme préservent férocement leur nouveau territoire en faisant fuir les opportuns. Du côté des représentants de la race humaine, les choses empirent car l'électricité commence à manquer. Une délégation est envoyée pour négocier l'accès à un barrage sis dans le domaines des singes, afin de le remettre en fonction. Tout pourrait très bien se passer s'il n'y avait pas dans chaque camp un fruit pourri prêt à mettre en danger son peuple pour satisfaire un égocentrisme déplacé et une soif de pouvoir immodéré, basée sur le rejet de l'autre et une paranoïa maladive.

Ce deuxième volet de la saga qui conte comment la Terre va devenir la planète des singes au détriment des humains est une pertinente et sublime fable sur l'incommunicabilité entre les peuples. Se gardant de tout manichéisme, ce long métrage bénéficiant d'effets spéciaux de première classe réussit le pari périlleux d'allier un spectacle de haute volée à une oeuvre sombre qui fait l'amer constat que l'harmonie entre deux races différentes est vouée à l'échec.

Sans ne jamais chercher à accuser l'un ou l'autre parti, le film de Matt Reeves confronte deux éléments perturbateurs incapables d'accepter que l'un puisse être un avantage pour l'autre, en jouant sur la peur façonnée de toute pièce, afin de rallier à sa cause la masse suiveuse, à grand renfort de discours haineux et intolérants. Et pour mieux parvenir à leurs funestes fins, ces dictateurs auto-proclamés se font littéralement passer pour des dieux, en exacerbant leurs exploits belliqueux qu'ils érigent en seul exemple à suivre.

Bien sûr, il y aussi l'autre pendant qui espère encore que la cohabitation est possible grâce à la confiance et à la tolérance mais, comme trop souvent la raison du plus fort est la meilleure, le moindre incident est exagéré et devient un prétexte à la haine ou, autrement dit, comment un exemple isolé devient la règle générale, ce qui est l'arme favorite de toute dictature: imposer sa vision des choses à la majorité, dusse-t-elle inventer des problèmes qui n'existent pas. Cela renvoie directement à ce sentiment détestable de plus en plus cher à nos sociétés modernes éternellement insatisfaites qui, même si elles ont tout pour être heureuses, cherchent les ennuis, pour mieux se targuer par la suite de les avoir vaincus en se guérissant à grand coup de spiritualisme artificiellement malsain. Combien d'amitiés, de familles, de couples, de peuples ont déjà été victimes de cette bêtise crasse, basée sur l'insatisfaction et l'égocentrisme déifiés?

On est très loin du simpliste combat entre le bien et le mal, de la lutte ancestrale entre des bons et des méchants. On touche à ce qui enflamme bon nombre de territoires de notre planète, théâtre de pareils et hautement tristes conflits comme décrits ici.

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