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Under the Skin

 
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CONTRE

Le nouveau film de Jonathan Glazer, divise: soit on aime l'art contemporain chichiteux et on y trouve, semblerait-il des sensations extraordinaires, soit on déteste que l'on se moque de soi (ce que fait un grand pourcentage de l'art contemporain) et l'on s'ennuie à bailler pendant 1h40. Tout ici est volontairement et gratuitement abscons, dénué de tout sens et de de toute proposition de réflexion.

La trop surestimée Scarlett Johanson semble y incarner un être venu d'ailler qui, comble d'une intelligence extraterrestre qui se devrait supérieure, choisit l'Ecosse, qui plus est, en plein hiver pour remplir une mission obscure. Elle erre sur les routes à la recherche de mâles humains sans attache pour finir par les vider littéralement de leur substance, comme le montre l'une des très rares séquences impressionnantes qui voit une de ces victimes aspirée de son enveloppe charnelle.

On peut y voir un grand nombre de symboles chers à notre société en perdition qui adore se complaire dans le paranormal de bas étage, mais on peut aussi rejeter viscéralement cette vision manichéenne vénérée par une caste d'intellectuels désarmants de naïveté, croyant que le monde ne se révèle vraiment à eux que dans les moments de débauche artificielle, sous l'emprise de substances de toutes sortes. Under the Skin se vautre dans cette absurdité à pieds joints et atteint très vite ses limites.

Certes les quinze premières minutes intriguent, mais la chose tourne rapidement à la répétition. Scarlett rôde au volant de son véhicule, elle aborde des gens, elle choisit sa proie et recommence sans que l'on sache quel avantage lui apporte cette chasse au mâle humain. Il y a une autre preuve de la vacuité totale de l'entreprise, avec le personnage du motard qui semble avoir pour fonction de "nettoyer" derrière le passage de l'extraterrestre. Glazer n'a tellement rien à dire dans son film que le motard a droit, à chacun de ses passages, à une entrée et sortie de champ dans d'interminables plans fixes sans la moindre once de pertinence ou de justification: on appelle cela du remplissage. La fin touche au ridicule le plus absolu dans un aveu d'impuissance cérébrale flagrant, tant par sa violence que par sa naïveté.

On est en face du même produit que l'indescriptiblement mauvais Enter the Void de Gaspard Noé, une oeuvre qui montre rapidement ses limites et aurait dû choisir un autre art que le cinéma, car il n'y a ici aucune proposition cinématographique, mais juste une volonté détestable de faire volontairement une chose opaque. On vous dira: «Mais chacun y voit ce qu'il veut!» N'est-ce pas là la preuve irréfutable d'un manque de substance? Il est facile de dire faire de l'art quand on n'a rien à proposer, ne serait-ce une petite piste. Dans une oeuvre, un artiste se doit de proposer sa vision, et c'est au spectateur de l'accepter ou non, de l'analyser. Ici, il n'en est rien. Glazer ne prend aucun risque, se contentant de laisser l'interprétation aux spectateurs, ce qui fait faussement croire aux plus prétentieux d'entre eux que ce sont eux les artistes, que ce sont leurs réflexions et justifications, souvent à limite de la prise de tête la plus gigantesque, qui créent le film.

Quand on a rien n'a dire ou à proposer, on se tait, mais on ne se permet pas de faire croire à celles et ceux, à qui l'on a justement rien à dire, qu'ils sont les propres créateurs de l'oeuvre: c'est un aveu de faiblesse édifiant. Under the Skin est dans l'air du temps qui ne tient bientôt plus compte que des extrémités, l'une étant le populisme le plus retors, cherchant à flatter les instincts les plus vils de la masse, l'autre étant un intellectualisme outrancier qui laisse croire à ceux qui aiment maladivement se prendre le chou, pour ne pas dire, enculer les mouches, qu'ils sont supérieurs aux autres grâce à leurs réflexions très souvent éthérées, dont les arguments brumeux sont, la plupart du temps, très faciles à démonter. Under the Skin est peut-être une oeuvre d'art contemporain digne d'intérêt, qui ferait fureur dans les salons, mais en tout cas pas un film pertinent ou personnel, ce que l'on attend de la part d'une oeuvre pour qu'elle reste en mémoire.

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