Critique

Under the Skin

 
Critique par |

POUR

En 2004, le réalisateur anglais Jonathan Glazer offrait à Nicole Kidman l'un de ses plus beaux rôles avec le bouleversant Birth. 10 ans plus tard, il revient enfin derrière la caméra avec Under the skin, oeuvre dont la beauté plastique n'a d'égale que l'intelligence du propos que le metteur en scène y développe. Se situant en permanence à la frontière du rêve éveillé, le film de Glazer bénéficie et souffre en même temps de la divulgation sur internet de la révélation finale du film. En souffre, car l'effet de surprise en pâtit forcément (même si le film est tout sauf une oeuvre à twist). En bénéficie, car le spectateur se concentre dès lors, et dès le départ, sur le sens que le réalisateur a voulu donner à son histoire, en évacuant de fait toute interrogation sur la nature du personnage incarné par la décidément sublime Scarlett Johansson. 

Et c'est dans la narration de son récit que Glazer frappe très fort. Car Under the skin, soutenu par une bande-son hypnotisante et envoûtante à souhait, franchit les barrières du classicisme narratif en s'inscrivant dans un sillon que ne renierait pas David Lynch ou, plus récemment, le Gaspar Noé d'Enter the void. Purement sensitif et sensoriel, le film rebutera forcément les adeptes d'une narration classique, réfractaires à l'expérimentation. Mais quiconque acceptera la proposition de Glazer de comprendre son histoire avant tout par le ressenti passera 1h40 de pure extase. 

Plongée dans les paysages sublimes de l'Ecosse, l'héroïne erre au volant de son van, à la recherche de proies masculines qu'elle séduira habilement avant de les vider, au sens propre du terme, de leur substance vitale (étonnante scène de cet homme se vidant de l'intérieur). Métaphore à peine voilée sur le caractère superfétatoire de l'enveloppe charnelle, le long-métrage de Glazer propose en outre une réflexion fascinante sur le rapport à notre propre corps, en présentant des personnages (l'héroïne, l'elephant man), dont l'identité profonde n'est jamais reflétée par l'aspect physique. On songe ici au magnifique Ne te retourne pas de Marina de Van, qui développait dans son film peu ou prou le même sujet. Glazer, de toute évidence fasciné par ce qui ne se voit pas (Birth jouait énormément sur ce tableau), parvient à remuer en un même mouvement à la fois nos sens et notre intellect. Affirmer que peu de metteurs en scène parviennent à ce tour de force relève de l'euphémisme. 

Véritable ovni dans le paysage cinématographique contemporain, preuve que le cinéma, loin d'avoir expiré son dernier souffle, peut encore nous surprendre, Under the skin s'impose comme le plus beau film sorti depuis le début de l'année. Il n'est pas interdit de penser qu'il conserve ce titre jusqu'au 31 décembre.

En savoir plus sur Laurent Scherlen

Dans le même sujet...

 

Under the Skin

Critique par |

CONCOURS Gagnez un DVD ou un blu-ray disc

Participer