Critique

Jersey Boys

 
Critique par |

Pour conter l'ascension d'un groupe de musiciens des années 50-60, Clint Eastwood fait le choix de prendre régulièrement à parti le spectateur en filmant les différents protagonistes face caméra, s'adressant directement à l'auditoire. Ainsi l'histoire des Four Seasons devient autant intime que pur spectacle. Ce procédé pertinent permet au réalisateur de ne pas avoir simplement recours aux voix off, et il est utilisé à des moments clés dans l'aventure de ces quatre garçons qui ont connu le succès, en fréquentant d'un peu trop près la maffia, comme il était assez coutume de le faire à cette époque. Jersey Boys montre très clairement que le succès ne tombe que rarement du ciel et dépend malheureusement trop souvent du nerf de la guerre: l'argent. Bien sûr ce dernier ne faisait pas tout dans ces années d'insouciance et il fallait un minimum de talent pour se faire remarquer, contrairement à notre ère vouée au populisme le plus vulgaire qui estime désormais le succès et le talent au seul nombre de clics sur des machines sans âme, qui ont perdu leur statut d'outil au profit de celui d'un simple produit de consommation. Au temps des Four Seasons, il fallait se faire remarquer par des personnes influentes qui pouvait vous aider matériellement à réaliser vos rêve. Au début, pour parvenir à leurs fins, les jeunes gens tentent lamentablement de s'improviser voleurs comme l'illustre la très drôle séquence du coffre-fort trop lourd pour être supporté par la voiture utilisée dans ce forfait. Repérés très vite par la police, certains membres du groupe en devenir passent régulièrement par la case prison. Et comme il faut de l'argent soit pour réaliser une démo, soit pour se déplacer chez les producteurs éventuels ou dans les stations de radio, le guitariste de l'équipe qui est le chauffeur d'un capo local (Christopher Walken en très grande forme) plonge lui-même et ses comparses dans l'engrenage infernal des dettes qui finissent par prendre des dimensions dantesques.

Eastwood filme donc cette trajectoire à hauteur d'homme en montrant ces jeunes gens sous tous leurs jours, les bons comme les mauvais, mais n'oublie jamais l'essentiel, la musique qui les poussent parfois à perdre la raison. On sent parfaitement que tout semble bon afin de concrétiser leurs rêves de gloire et de succès. Mais tout ce fait progressivement et, plus la célébrité devient concrète, plus les têtes tournent trop vite. Le film enchaîne d'abord les séquences entre le quotidien laborieux des quatre protagonistes avec vie de famille difficile, premiers amours compliqués, et les passages musicaux où ils semblent en apesanteur, jusqu'à la scène clé, quand il s'agit de régler leurs comptes. Cette très longue séquence parfaitement maîtrisée par une mise en scène qui utilise à merveille le salon du capo et multiplie les points de vue, agit comme un aimant qui fait revenir tout ce petit monde à la réalité la plus terre à terre et ternit le rêve et son faste.

Eastwood ne porte aucun jugement et fait le constat d'une carrière mémorable en achevant son long métrage par la seule séquence qui renvoie à la comédie musicale dont il est inspiré, un ballet frais et innocent, ce qui malheureusement ne fut pas le cas pour que les Four Seasons accèdent à leur statut de vedettes.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

CONCOURS Gagne un DVD ou bluray de Bohemian Rapsody

Participer