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Bird People

 
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Auréolée de cinq César en 2007 pour Lady Chatterley, Pascale Ferran revient avec un film très personnel qui flirte avec le fantastique. Bird People est le portrait croisé de deux êtres qui cherchent à s'évader de leurs existences respectives. Le premier, Gary, est un américain de passage à Paris pour son métier qui doit ensuite l'emmener au Moyen-Orient. Il réside aux abords d'un aéroport parisien, dans l'hôtel où travaille Audrey, une étudiante, officiant comme femme de ménage pour subvenir à ses moyens. Tous deux ne font que se croiser dans les couloirs de l'établissement. Audrey découvre un peu l'univers de Gary en faisant sa chambre quotidiennement. Las de sa vie faite de longs voyages, Gary planifie méticuleusement un changement radical dans le cours de son existence en décidant de rester à Paris. De son côté, moins spontanée, Audrey, verra la sienne bouleversée, un soir, par une panne d'électricité, se retrouvant dans le corps d'un des nombreux moineaux qui hantent l'aéroport.

Dès la sublime scène d'ouverture montrant le quotidiens de milliers de Parisiens vaquant à leurs occupations matinales et nous faisant entendre en off ce qu'ils écoutent, ce qu'ils lisent ou ce qu'ils pensent dans les transports publics, Pascale Ferran nous invite à une certaine introspection de l'âme humaine, non pas dans des moments extraordinaires, mais dans la banalité de tous les jours. Puis, parmi tous ces gens, elle cible deux êtres qui vont, chacun à leur manière, s'évader de leur conditions pour commencer autre chose. Gary prépare se changement en omettant aucun détail, avec comme point d'orgue la rupture avec sa femme qui se fait par vidéo interposée, dans une scène somme toute assez terrible. Audrey elle, plus rêveuse et moins structurée, s'évade malgré elle et profite de sa condition d'oiseau, créature libre par excellence, pour observer les clients de l'hôtel quand ils sont dans leur chambre, ce qui lui est impossible en pratiquant son métier, car les pièces sont désertées par leurs clients au moment de son office.

Se gardant judicieusement de ne pas juger l'un ou l'autre, la cinéaste expose par petites touches ce qui pousse Gary à prendre sa décision radicale qui tient à la fois de la lâcheté en abandonnant les siens et du courage un peu égoïste de changer avant de devenir fou ou terne. Pour Audrey, bien qu'ayant le même résultat, la démarche est différente et donne au film une touche purement fantastique, laissant pantois d'admiration quant à l'extraordinaire travail, tant au niveau des effets spéciaux qu'à celui du dressages des volatils. Bird People est une oeuvre étonnante, originale, un conte moderne, et il serait fort dommage de se priver de cette heureuse découverte.

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