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Maléfique

 
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Ce film marque le réjouissant constat que Hollywood peut encore surprendre et réserver quelques rares surprises. Loin de vouloir simplement nous asséner une version vivante de La Belle au bois dormant, Disney revisite les contes de Charles Perrault et des frères Grimm, ainsi que le film d'animation de Walt Disney, en prenant pertinemment le parti de Maléfique.

Ainsi Maléfique conte la jeunesse de celle qui deviendra l'une des sorcières les plus connues, en s'attardant sur le pourquoi de sa méchanceté. On découvre une créature ailée qui, dans sa jeunesse, s'amourache d'un humain. Mais ce dernier la trahira par pur opportunisme afin de devenir roi, en lui arrachant ses ailes. La suite on l'a connaît: Maléfique se vengera sur la fille de son bourreau, Aurore, en lui jetant un sort, la plongeant dans un sommeil éternel, à moins qu'elle ne soit réveillée par le baiser d'un amour pur et sincère, ce qui, selon Maléfique, n'existe pas. Et c'est cela la différence fondamentale avec le dessin animé dans lequel il suffisait qu'Aurore soit embrassée par un prince charmant, ce qui est tout autant chimérique. Ce personnage masculin de bellâtre immaculé n'a d'ailleurs qu'un petit rôle dans ce long métrage malin qui sonde le côté obscur de l'âme humaine et de son avidité. Quel bien fou cela fait, à l'heure du "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" qui sévit dans nos société modernes, à travers les réseaux très peu judicieusement nommés sociaux devenus la référence absolue du tout et du rien, laissant les esprits les plus tordus répandre leur venin en toute impunité! Rendons grâce à Linda Woolverton qui signe là une adaptation tout ce qu'il y a de plus remarquable.

Dans le rôle titre, Angelina Jolie trouve l'un de ses meilleurs rôles depuis longtemps. Elle bénéficie d'un maquillage absolument sublime conçu par l'un des plus grands maîtres en la matière: Rick Baker. Elle incarne son personnage avec une sincérité qui se voit à l'écran. Elle fait de Maléfique un personnage complexe et non monolithique, un être déçu par la vanité et le mensonge. Loin de nous servir un ange bêtement vengeur, elle donne à Maléfique une dimension nouvelle, jouant sur plusieurs registres.

Premier film de Robert Stromberg, décorateur d'Avatar de James Cameron, d'Alice au pays des merveilles de Tim Burton et du Monde fantastique d'Oz de Sam Raimi, Maléfique possède un univers visuel particulièrement riche, fait d'un bestiaire impressionnant et de décors somptueux. Ne cherchant jamais à épater la galerie, le cinéaste utilise son immense savoir-faire, en le mettant totalement au service du récit qu'on lui a confié. Le moindre détail technique se justifie pleinement faisant de Maléfique une oeuvre loin de toute esbroufe esthétisante, de plus en plus chère à l'appréciation populaire du "grand public".

Ce long métrage constitue donc l'une des plus belles surprises sorties de l'industrie à rêves hollywoodienne depuis fort longtemps et il serait fort dommage de passer à côté.

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